Jeudi 17 mai 2007

Washington File est diffusée par les Programmes d'information internationale du département d'État des États-Unis. Nous ne faisons l'écho ici d'un changement stratégique dans le rapport entre les Etats-Unis et l'espace africain.

La diplomate américaine Cindy Courville estime que sa nomination récente en qualité de représentante auprès de l'Union africaine (UA) traduit la volonté déterminée des États-Unis de promouvoir, dans le cadre de leur partenariat avec l'Afrique, la stabilité politique et la prospérité économique d'un continent extrêmement important sur le plan stratégique.

 Alors que les Africains commencent à s'écarter de préoccupations liées à la période coloniale pour s'intéresser à la mondialisation, « le moment est historique à la fois pour l'Union africaine et pour les États-Unis », a déclaré le 10 mai Mme Courville à l'occasion d'une interview à l'USINFO.

Mme Courville a été nommée en décembre 2006 en qualité de représentante des États-Unis au siège de l'Union africaine à Addis-Abeba (Éthiopie). C'est la première fois qu'une personnalité non africaine est accréditée exclusivement auprès de cette organisation multilatérale qui comprend 53 membres. La plupart des autres émissaires non africains sont accrédités auprès du gouvernement éthiopien, et accessoirement, représentent leur pays auprès de l'Union africaine.
« Nous sommes la seule mission non africaine auprès de l'Union africaine », a souligné Mme Courville, ajoutant que les Africains apprécient sa nouvelle affectation, car « ils savent que, comme j'étais l'assistante spéciale du président Bush pour l'Afrique, ma nomination a reçu l'attention de la Maison-Blanche au plus niveau ».
Précédemment analyste attachée à la Defense Intelligence Agency (DIA), Mme Courville a également été directrice pour l'Afrique au Conseil national de sécurité de la Maison-Blanche où elle a coordonné la politique des États-Unis à l'égard de l'Afrique.
Si les États-Unis s'intéressent à l'Afrique sur le plan économique - près de 15 % de leurs importations de pétrole proviennent de ce continent - ils tiennent aussi à l'aider sur la voie de la stabilité politique et de la prospérité économique. Il s'ensuit, a précisé Mme Courville, que l'aide des États-Unis à l'Afrique a triplé au cours des six dernières années pour atteindre aujourd'hui près de 4 milliards de dollars.
« Les États-Unis reconnaissent les changements qui se produisent en Afrique et ils forment des partenariats avec les Africains pour trouver des solutions africaines à leurs problèmes en matière de santé, de règlement des conflits et de gouvernance », a expliqué Mme Courville, ajoutant que, ne serait-ce qu'au cours des quatre dernières années, les États-Unis ont appuyé les opérations de maintien de la paix de l'Union africaine au Darfour à hauteur de plus de 400 millions de dollars.
« Nous savons que l'UA ne manque ni de volonté politique ni de cour pour intervenir dans les régions en crise, mais les ressources nécessaires pour entreprendre de telles missions lui font défaut », a-t-elle dit.
C'est la raison pour laquelle les États-Unis voudraient renforcer la capacité de l'UA en matière de maintien de la paix par le biais d'initiatives telles que le programme de formation et d'assistance ACOTA qui s'est associé à plusieurs appareils militaires africains pour organiser une force de 25.000 hommes conçue pour répondre aux situations d'urgence.
C'est pourquoi, a fait remarquer Mme Courville, la mission qu'elle dirige comprend deux officiers de liaison militaire attachés respectivement au Commandement des États-Unis en Europe (EUCOM), lequel chapeaute la plupart des programmes d'assistance aux pays africains, et au Corps expéditionnaire combiné pour la Corne de l'Afrique (CJTF-HOA), une force de 1.500 hommes basée à Djibouti et dont la responsabilité est de lutter contre le terrorisme et d'apporter une aide pratique en ouvrant à des projets bénéficiant à la population locale.
La récente décision prise par le ministère américain de la défense, en collaboration avec le département d'État, d'établir un nouveau commandement militaire géographique pour le continent - le Commandement des États-Unis en Afrique, Africom - entre aussi dans le cadre de cette stratégie.
Mme Courville a indiqué par ailleurs que les États-Unis avaient soutenu le directorat de l'UA à hauteur de plus de 1,7 million de dollars et versé 250.000 dollars à l'appui des initiatives diplomatiques de l'organisation.
La mission américaine, a-t-elle précisé, travaille également avec l'UA pour mettre sur pied une « cellule stratégique » en vue de suivre l'évolution de la crise en Somalie, une initiative à laquelle la secrétaire d'État adjointe pour les affaires africaines, Mme Jendayi Frazer, accorde sa pleine attention.
Toutes ces initiatives s'alignent sur la diplomatie « transformatrice » prônée par la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, qui, lorsqu'il s'agit d'aborder les problèmes internationaux, repose sur l'action plutôt que la réaction, a dit Mme Courville.
L'Union africaine, a-t-elle ajouté, vit aussi une période de transformation alors qu'elle s'efforce d'instituer une réforme et de préciser le rôle qu'il appartient à sa direction de jouer aux plans politique, économique, social et de la sécurité.

par Amispheresud publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Vendredi 24 novembre 2006
L’implication internationale des Etats et des organisations intergouvernementales dans la résolution des conflits est une réponse appropriée aux problèmes de sécurité que connaît l’Afrique. Pour la France, le Renforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix (RECAMP) est un moyen d’endiguer la fragmentation des Etats africains tout en évitant de s’enliser elle-même dans des dynamiques ambiguës. En tant qu’axe multinational des relations extérieures militaires françaises, RECAMP est un instrument particulièrement adapté à une intégration au mécanisme de l’Union européenne en matière de gestion de crise.

RECAMP répond à la volonté des Africains d'assurer progressivement eux-mêmes la sécurité du continent. Il s'inscrit dans le cadre général d'une politique en Afrique qui se veut ouverte à l'ensemble du continent et coordonnée avec la communauté internationale.
Ce concept identifie des axes d'action qui doivent faire l'objet de programmes nationaux, multilatéraux ou européens. Il a vocation à s'intégrer dans une palette plus large d'instruments au service de la stabilité du continent (coopérations bilatérales, aide au développement, etc.).

Par ce biais, l’Union européenne peut jouer un rôle clé d’appui à ce type de processus d’internationalisation. En effet, d’une part les institutions européennes jouissent d’une masse financière très importante, et, d’autre part, elles constituent le meilleur pôle de coordination avec les alliés occidentaux. Même si la Commission européenne connaît quelques réticences à s’engager militairement, elle peut trouver dans RECAMP un moyen pour réformer le secteur de la sécurité et apporter un soutien à la bonne gouvernance ou aux programmes de reconstruction et de sortie de crise sur le continent africain. Certains outils européens présentent des avantages considérables pour absorber le RECAMP : le Mécanisme de Réaction Rapide (Rapid Reaction Mechanism), le Fonds européen de développement…

Le format  RECAMP (une approche africaine sous-régionale, une planification ouverte et multinationale et une mise à disposition de ressources importantes) concourt à convaincre français et institutions européennes de la nécessité d’une européanisation de cet outil. En intervenant durablement dans la gestion des crises africaines, l'Union européenne élargirait son horizon stratégique, démontrant qu'elle prend acte des conséquences directes, pour ses propres intérêts, des crises qui traversent l'Afrique. L'Union européenne a un intérêt évident à s'impliquer dans le règlement des crises africaines. Au voisinage direct de l'Afrique, elle subit les effets de toute évolution de la situation du continent africain.

L’Union européenne commence à considérer l’Afrique comme une menace potentielle sur sa propre sécurité. Sans une bonne gouvernance, sans forces de sécurité adéquates ou sans renseignement approprié, les groupes et les factions extrémistes ont le champ libre pour créer des réseaux et développer des cellules terroristes. Une autre inquiétude est celle de l’immigration clandestine. Lorsque des populations fuient des régions en crise pour rechercher de meilleures conditions en Europe, cela engendre des retombées négatives. D’une part, l’immigration clandestine ne fait que transférer les problèmes d’une région à une autre sans les résoudre. D’autre part, et cet aspect est important, la montée des formations politiques d’extrême droite en Europe est directement liée aux effets de l’immigration clandestine.

Sur le plan économique, l'Union représente le plus grand marché d'exportation des produits africains, absorbant 85 % des exportations africaines de coton, de fruits et de légumes. Dans une économie mondialisée qui place l'Union européenne dans une logique de concurrence, notamment face aux nouvelles puissances économiques que sont la Chine et l'Inde, le continent africain est un enjeu. L'Union européenne est la première source d'aide publique au développement avec 60 % des flux d'aide destinés à l'Afrique. Mais cet effort est vain en l'absence de stabilité car, de plus en plus, les problématiques de sécurité et de développement sont liées.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Lundi 6 novembre 2006

Les enjeux de la puissance chinoise en Afrique
Par Ludovic Woets (article paru dans strategic-road.com).

Ludovic Woets est Consultant du Ministère de la défense français sur les questions de géopolitique et de Prospective stratégique et fondateur de la société de conseil GEO-K (GEO-K, 27 rue de l'Ancienne Mairie, 92100 Boulogne-Billancourt, 01 46 84 67 64, geo-k@geo-k.com)

 

 


Les relations sino-africaines ont connu une évolution chaotique depuis la conférence de Bandung en 1955 et la reconnaissance du mouvement des "Non-Alignés". Même si la Chine fut une des premières nations à reconnaître le gouvernement provisoire algérien de 1958, cette attention particulière pour les États africains s'estompa progressivement. Après la mort de Mao (1976), les liens ont commencé à se distendre, et il fallut attendre le milieu des années 90 et plus particulièrement 1999 pour que la Chine prît la juste mesure des opportunités offertes par une renaissance des relations avec les États d'Afrique.

Si on dresse un bilan en 2005 de ce revirement de stratégie, on constate que les efforts chinois pour se rapprocher de l'Afrique ont payé : en 2004, l'Afrique non seulement exportait 20 % de ses minerais vers la Chine, mais sa zone sub-saharienne assurait à Pékin une efficace diversification en approvisionnement énergétique en lui fournissant 20 % de son pétrole importé.

Le volume des échanges en 2004 a dépassé les 18 milliards de dollars, et en 4 ans, le volume des échanges a été multiplié par 3 . Par ailleurs, 520 entreprises chinoises (dont un quart de privées) sont implantées dans 49 pays africains.

Néanmoins, ces données sont à relativiser car la part de l'Afrique dans le commerce extérieur chinois ne représente que 2,4% des exportations et 2% des importations pour 2004. La position de l'Afrique dans le jeu commercial chinois reste donc, pour l'heure, relativement marginale.

Du côté des investissements, si l'on constate que le montant des investissements chinois en Afrique équivaut à celui réalisé dans l'ASEAN, il reste néanmoins à en étudier la composition afin de cerner précisément les objectifs poursuivis par la Chine dans cette région du monde.


I-
Les intérêts chinois de l'implantation en Afrique.

Ces intérêts sont liés à deux impératifs :

1-une politique de sécurisation de l'accès aux matières premières et aux hydrocarbures ainsi que la diversification des sources d'approvisionnement.

2-une politique d'incitation faite aux multinationales chinoises afin d'exporter des produits avec une valeur ajoutée croissante.


1- Une politique de sécurisation de l'accès aux matières premières et aux hydrocarbures

Depuis 1993, la Chine est devenue importatrice nette de pétrole et cette tendance n'a cessé de se renforcer en raison de son économie basée sur une production industrielle lancée à plein régime, et donc grosse consommatrice d'énergie. A cela s'ajoute des contraintes géologiques fortes qui constituent un frein à l'accroissement de la production nationale, sans compter le besoin d'investissements considérables pour la construction d'oléoducs afin d'acheminer le pétrole vers la côte Est et l'impératif de raffinage de ce pétrole présentant une quantité trop importante de sulfure.

La Chine est consciente que ces contraintes la placent en position de dépendance, situation qui pourrait être exploitée à des fins de pressions par des nations concurrentes comme les États-Unis. Ce constat fut à l'origine d'une nouvelle stratégie visant à exercer le contrôle sur l'exploitation et la production de gisements étrangers.

En raison de l'importance de la présence américaine au Moyen-Orient, renforcée à la suite des guerres de 1991 et 2003, la Chine a dû revoir sa politique d'importation en mettant l'accent sur une diversification accrue afin de déconcentrer les risques.

De cette reconsidération, trois zones privilégiées ont émergé : Asie centrale et Caspienne, Sibérie (ces deux voies continentales évitent les risques générés par le passage du détroit de Malacca) et l'Afrique (depuis le milieu des années 90). Cette dernière est la troisième zone d'internationalisation des compagnies pétrolières chinoises avec une présence en Algérie, Angola, Soudan, Nigeria.

L'Afrique possède 8,9 % des réserves mondiales et assure 11% de la production mondiale. La Chine, avec 28,7% de son pétrole importé d'Afrique, est le deuxième importateur de pétrole africain derrière les États-Unis.

Cette politique pétrolière chinoise est au coeur des préoccupations des dirigeants de Pékin, comme le montre les visites d'État que ne manque pas de faire le Premier Secrétaire du Parti, Hu Jintao, à différents pays africains producteurs de pétrole (dont le Gabon). Suite à sa visite de février 2004, l'entreprise chinoise Sinopec a signé avec Total-Gabon un accord de prospection et de d'exploitation du pétrole gabonais, ainsi qu'un contrat de vente à la Chine d'un million de tonnes de pétrole brut.

Autre exemple de cette préoccupation majeure des dirigeants chinois, la Chine est de plus en plus présente dans l'exploitation pétrolière au Congo-Brazzaville. En 2003, elle importait du Congo un million de tonnes de pétrole brut (soit entre 1 et 1,5% du total de ses importations pétrolières). En 2005, la Sinopec a signé un contrat lui permettant d'exploiter des gisements off-shore congolais dénommés "marine 12" et "haute mer C".

La stratégie chinoise pour sa mainmise sur le pétrole étranger passe véritablement par ses compagnies comme en témoigne la démarche de la CNPC au Soudan. Cette dernière détient 40% des parts de la Greater Nile Petroleum Operation Compagny (pour l'exploitation du bassin de Muglad) et s'est engagée dans la construction d'un oléoduc de 1500 km pour acheminer le pétrole vers le terminal portuaire de Marsa-al-Bashair (Port-Soudan). Le Soudan à lui seul représente 7,7 % des importations pétrolières chinoises.

Enfin, la politique chinoise se tourne désormais vers le Tchad et traduit la volonté de mettre ses gisements en valeur, et bien évidement, de participer à la construction d'un oléoduc le reliant au Cameroun et de là, à l'océan Atlantique.

2- Une volonté d'exporter un savoir-faire et des produits avec une valeur ajoutée croissante

Le marché africain connaît également des attentes en matière de produits de consommation et ses exigences plus faibles par rapport à celles du marché occidental en font un marché-test de premier choix pour les entreprises chinoises tournées vers le commerce international. Les marchés africains leur permettent de développer des produits dotés d'une plus forte valeur ajoutée et de "tester leur qualité via la clientèle africaine". Les domaines concernés par cette politique chinoise sont variés :

-centrales électriques (Soudan, Zimbabwe)
-centrales hydrauliques (Soudan, Éthiopie)
-télécommunications (Maghreb, Madagascar, Mozambique, Djibouti)
-aviation (Zimbabwe)
-nucléaire civil (Afrique du Sud qui est également le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique)

Il est raisonnable de penser que Pékin applique au marché africain sa même logique de "prévisions sur le long terme", et ainsi prend-elle en considération cette manne de 900 millions de consommateurs potentiels et les opportunités qu'elle pourrait représenter dans les décennies à venir. En d'autres termes, elle n'écarte pas un possible développement économique des États africains et cherche donc à anticiper un éventuel décollage en s'insérant d'ores et déjà dans le réseau commercial africain.


II -Les armes du jeu chinois

Ces armes sont principalement de deux types : financier tout d'abord avec une politique d'investissements qui ne cesse de croître et dont le montant équivaut à celui que la Chine consacre à l'ASEAN, mais arme également plus stratégique avec un "package" composé de ventes d'armes et de technologies, de soutiens politiques et d'appuis diplomatiques dans le cas où le pays partenaire serait en porte-à-faux avec la société internationale.


1-Les investissements (et les prêts qui sont des investissements indirects)

Petit rappel : la Chine est le premier récipiendaire mondial d'IDE avec un montant de 53 milliards de dollars investis en Chine en 2003. Mais Pékin ne se contente pas recevoir ces IDE et prend part à ces flux financiers en se plaçant à la 5ième place des pays investisseurs avec 2, 087 milliards de dollars investis dans 160 pays en 2003, soit une hausse spectaculaire de 112% par rapport à 2002.

Les investissements se concentrent très majoritairement dans deux domaines : les gisements de matières premières (dont le bois et les minerais) et les partenariats pour garantir un accès et un approvisionnement en énergie.

Lorsqu'elle décide d'investir dans le secteur pétrolier d'un pays, la Chine procède selon le modèle suivant : elle commence par monter une joint-venture avec une entreprise locale pour s'assurer une partie des droits d'exploration et d'exploitation. Elle procède ensuite à une importation d'ouvriers chinois qui sont en partie des prisonniers de droit commun afin de construire rapidement les oléoducs et infrastructures nécessaires à l'exportation du pétrole vers la Chine.

Mais contrairement aux Occidentaux, la Chine, au travers de ces investissements, n'agit pas en vue d'une rentabilité IMMÉDIATE mais oeuvre davantage pour se prémunir de la dépendance énergétique.

De plus, Pékin ne se contente pas d'investir dans le seul secteur pétrolier afin de récupérer des droits d'exploitation, mais s'efforce de diversifier ses activités gravitant autour dudit secteur. En 2000, alors que la Sinopec obtient le droit d'exploitation d'un champ pétrolier soudanais, l'Eximbank (Export-Import Bank) ouvre à Khartoum sa première filiale en Afrique. Cette concomitance dénote la volonté de Pékin de soutenir, au travers d'une aide financière, l'activité des entreprises chinoises, mais aussi de prêter aux gouvernements locaux afin de permettre la construction de routes, de raffineries et de centrales hydrauliques (ceci dans le but de faciliter l'exploitation et l'exportation du pétrole).

Si l'on examine plus en détail la politique des prêts chinois accordés aux États africains, il est intéressant de noter que ces aides financières accordées à taux préférentiel, ont deux fonctions. Il s'agit tout d'abord de gagner les faveurs des dirigeants locaux. Le dernier exemple en date est l'octroi de deux milliards de dollars par l'Eximbank au gouvernement soudanais en 2004 afin de faciliter l'obtention des droits sur un bloc off-shore.

Mais au-delà du simple "encouragement" financier de Pékin, la politique de prêts a une seconde fonction tout aussi importante. Avec l'argent prêté, les gouvernants locaux ont pour objectif de procéder à des constructions ou des réfections d'infrastructures et de voies de communication en vue de gagner des voix pour les prochaines élections ! Or, la délivrance du prêt chinois favorise également l'octroi de tels marchés à des compagnies chinoises de travaux publiques qui importent de la main d'oeuvre de Chine. En conséquence, Pékin retrouve indirectement une partie de sa mise initiale via ses firmes de BTP, puis se fait rembourser son prêt par les États débiteurs, donne par ailleurs du travail à ses ressortissants et s'assure un approvisionnement en pétrole ! Ainsi, cet appui financier chinois développe in fine ses entreprises internationales !

=> Mais par ce biais, l'arme de Pékin ne se résume plus uniquement à de l'investissement financier, l
a Chine met en valeur sa compétence indéniable en matière de génie civil !

Enfin, cette liste des principales sphères d'investissements ne serait exhaustive si l'on n'incluait l'activité forestière : 60% du bois africain sont destinés à être exportés vers la Chine.


2-
Les ventes d'armes

Ces ventes sont assurées notamment par la Norinco (zhongguo beifang gongye gongsi= Chine North Industry Corporation, un important conglomérat composé de 157 unités) et Polytech Industries (la plus importante entreprise de ventes d'armes de l'armée chinoise).

Ces ventes sont notamment destinées aux États africains en proie à la guerre civile, où leur situation les conduit bien évidemment à considérer avec intérêt les offres de Pékin.

La Chine n'a pas hésité à livrer des avions (dérivés des Mig-21 soviétiques) en 1996 et des avions de transport Y-8 (dérivés des Antonov). Par ailleurs, Pékin a livré à l'Angola des blindés légers et de l'équipement militaire dans le cadre du renforcement de leur coopération dans le domaine militaire.


3-
Un appui diplomatique

Le siège de la République populaire de Chine au Conseil de sécurité lui assure un certain poids diplomatique dont elle n'hésite pas à utiliser afin de protéger les intérêts de pays alliés mais en porte-à-faux sur la scène internationale. Ainsi la Chine a menacé à deux reprises d'user de son droit de veto (juillet et septembre 2004) pour s'opposer à l'adoption de sanctions politiques et pétrolières contre le Soudan en réaction au génocide du Darfour.

Par ailleurs, elle s'est abstenue lors de la saisie de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité de l'ONU en avril 2005 afin de traduire en justice les responsables des crimes commis au Darfour.

Cet enjeu de protection sort même du cadre du Conseil de sécurité et s'étend à l'ensemble des organisations internationales : en 2004, Chinois et Zimbabwéens s'étaient coordonnés pour éviter que leur situation interne ne soit dénoncée au sein de la Commission des Nations Unies pour les Droits de l'Homme à Genève.


4-
Les réalisations de prestige

La Chine via l'Eximbank finance des réalisations de prestige : immenses stades comme au Mozambique, en Centrafrique, au Mali, en Tanzanie ou au Congo-Kinshasa, centres de conférences de prestige dans l'État du Djibouti, au Gabon. Ces financements ont pour but de renforcer les bonnes relations avec les régimes en place.

Au vu de ce large éventail d'armes stratégiques, il est indéniable que la Chine veut, à tout prix, donner une image d'interlocuteur doué de bonnes intentions à l'égard des pays africains. Par ses moyens déjà considérables, elle offre la possibilité à ces États critiqués ou délaissés de la scène internationale, des appuis politiques, diplomatiques et militaires. De plus, la Chine met en avant son respect du droit de non-ingérence, en ne tenant pas de grand discours moralisateur sur les Droits de l'Homme, ni n'exigeant de réformes politique et démocratique ou de compte rendu comme le ferait le FMI. Son exigence prioritaire vise à l'engagement de l'État débiteur à ne plus reconnaître Taïwan comme un État mais une "simple" province chinoise.

Une autre exigence chinoise et non des moindres consiste à se voir octroyer, en échange de la construction d'équipements, d'importantes zones de pêches, rendant la relation sino-africaine bien plus contraignante qu'il n'y paraît de prime abord.

Cette politique s'est avérée efficace puisqu'en 1998, l'Afrique du sud a rompu ses relations diplomatiques avec Taiwan au profit de la Chine populaire et en 2005, le Sénégal a suivi la même démarche. Les États africains restant fidèles à Taiwan voient leur poids économique et leur influence s'amoindrir dans leurs rapports avec Pékin, ce dernier comptant sur les effets néfastes de cette marginalisation pour les déstabiliser et les amener à revoir leur position...car les arguments favorables à Pékin ne sauraient être négligés : En sus de l'immense marché qu'offre la Chine, le contexte international (disparition de la bipolarité, affirmation d'une seule superpuissance) les incite à considérer la Chine comme un nouveau protecteur potentiel et peu exigeant.

Loin d'être rebutée par la situation économiquement peu favorable de ces zones déstabilisées par les conflits internes, ou victimes d'une mauvaise image internationale, la Chine n'hésite pas à investir massivement sans chercher le profit immédiat que ces régions encore largement sous-développées ne pourraient satisfaire. Si ce retour sur investissements à long terme a été jugé non rentable par les entreprises occidentales, laissant la place libre pour l'implantation des firmes multinationales chinoises, ces dernières (et derrière elles, le grand patron, Pékin) démontrent qu'elles raisonnent en termes de politiques à longue échéance...


III -Une présence chinoise déjà confirmée sur le continent africain

La visite du Président Hu Jintao en 2004 en Égypte, au Gabon et en Algérie augure de l'importance croissante que la Chine accordera à l'Afrique. Néanmoins, les efforts de Pékin entrepris depuis le milieu des années 90 ont connu un relatif succès et la Chine peut déjà se targuer d'être :

-le 2ième client du Gabon
-le 2ième fournisseur du Bénin
-le 6ième fournisseur de l'Algérie


Ses principaux clients africains sont répartis sur l'ensemble du territoire africain...:

-l'Afrique du sud (sa part représente près de 20% du commerce total avec l'Afrique)
-le Nigeria
-l'Égypte
-le Maroc
-l'Algérie
-le Bénin

... avec une présence qui se renforce à l'est :

-le Soudan
-le Kenya
-la Tanzanie


1-Un accroissement de l'activité chinoise dans de nombreux pays...

-pour l'exploitation et la construction

 

 

    • Zambie (pour le cuivre, le cobalt)

       

    • République démocratique du Congo (cuivre, cobalt, réfections de routes)

       

    • Éthiopie (travaux publics)

       

    • Mozambique (charbon, construction d'infrastructures pétrolières)

       

    • Zimbabwe (charbon, ferrochrome, construction d'infrastructures routières)

       

    • Guinée (bauxite (qui entre dans la composition de l'aluminium))

       

    • Gabon (construction d'infrastructures ferroviaires et routières pour l'exploitation du bois, du manganèse et du niobium)

       

    • Centrafrique (projet dans l'uranium)

       


-pour la prospection

On assiste à une diversification des zones de prospection et notamment dans le domaine pétrolier

 

 

    • Côte d'Ivoire (zone instable au vu des Occidentaux)

       

    • Mali (pas assez rentable pour les compagnies occidentales)

       

    • Niger (pas assez rentable pour les compagnies occidentales)

       

    • Centrafrique (pas assez rentable pour les compagnies occidentales)

       

    • Congo-Brazzaville (accord en mars 2005 avec la Sinopec pour l'exploitation de deux blocs off-shore)

       


2-... et une volonté affichée d'ancrer cette présence

-Via la présence démographique : si la diaspora chinoise, il y a encore quelques années, était encore relativement faible et majoritairement concentrée en Afrique du Sud et à Madagascar, on dénombre aujourd'hui plus de 130 000 Chinois et ce chiffre pourrait doubler dans cinq ans. Actuellement, les communautés chinoises les plus importantes sont implantées en Afrique francophone et orientale (Kenya, Tanzanie).

Cette implantation est notamment favorisée par "l'importation de main d'oeuvre" par les firmes multinationales chinoises.

Une des conséquences de cette migration croissante est l'apparition de ressortissants chinois dans le petit commerce (particulièrement en Afrique occidentale).

Une autre conséquence plus inattendue de cette présence chinoise réside dans l'ascension sociale de ces Chinois métisses et de ses répercussions sur les relations entre l'État africain concerné et la Chine. L'exemple le plus probant est celui de Jean Ping, ministre gabonais des Affaires étrangères. Parlant couramment le putonghua, entretenant d'excellentes relations avec Hu Jintao, M. Ping a été l'un des principaux artisans de la fulgurante percée chinoise à laquelle on assiste depuis un an au Gabon.

-Créations d'institutions : la Chine a activement oeuvré à la création du Forum de Coopération Chine-Afrique (China Africa Cooperation Forum = CACF) dont la première réunion a eu lieu en 2000, à raison d'une réunion tous les trois ans. C'est notamment à l'occasion de ce forum qu'est abordée la question de l'abaissement des droits de douane. Il est important de noter qu'à ce forum participent conjointement la quasi totalité des chefs d'États africains, et auquel sont également conviés des dirigeants d'entreprises. À ce groupe de travail s'ajoute la création d'une chambre de commerce sino-africaine, qui compte aujourd'hui un bureau à Pékin et cinq en Afrique.

-
Une présence militaire sous mandat de l'ONU

L'armée populaire de Libération est présente en Afrique sous mandats de l'ONU. Sa participation a été sollicitée à plusieurs reprises :

-598 soldats ont été envoyés au Libéria
-déploiement de forces au Sahara occidental dans le cadre de l'opération MINURSO comme au Sierra Leone, mais avec une ampleur plus limitée.


IV-La présence chinoise en Afrique : moteur de croissance ou frein au développement ?

Le premier constat pourrait inciter à adopter une vision optimiste quant aux effets positifs de l'intervention chinoise en Afrique. La croissance économique de la Chine s'est traduite notamment par une hausse de la demande de matières premières et donc de leur prix de vente. Entre 1992 et 2002, la demande chinoise d'acier a augmenté de 20% alors que la hausse mondiale n'était que de 4%. Des minerais comme le nickel et le cuivre ont vu leur cours augmenter depuis 2001.

Mais si certains États d'Afrique ont vu leur économie se développer (+6,8% en Algérie, +10% au Nigeria en 2003), cette tendance est due à une conjonction de facteurs et non à la seule croissance chinoise. En 2003, avec une croissance de 7,8%, le PIB de la Chine représentait 96 milliards de dollars, alors qu'aux États-Unis la même année, pour une croissance réelle de 3,1%, le PIB était trois fois plus important (323 milliards de dollars) !

De plus, la gourmandise chinoise ne se limite pas aux seules matières premières, elle vise aussi les produits agricoles et cette nouvelle donne est une des causes de l'augmentation des prix de ces produits. Or l'Afrique importe du maïs, du blé, du riz, etc... Et ces changements ne font que fragiliser la balance commerciale africaine. On peut penser qu'en raison des problèmes que la Chine rencontre pour accroître ses rendements agricoles (pénurie d'eau, SAU limitée, changements de comportements alimentaires du fait de la hausse du niveau de vie), les importations chinoises ne vont pas diminuer dans un proche avenir.

Dans le domaine des investissements, les afflux financiers chinois, massivement concentrés dans l'exploitation de l'énergie et des matières premières, ne font que renforcer l'économie de rente sur laquelle vivent les dirigeants africains. Cette économie se base sur des capitaux et des débouchés étrangers, au final, l'Afrique subit plus qu'elle ne tire profit de ce système. La Chine crédite ainsi une gouvernance qui cherche son seul profit et favorise ainsi le maintien d'un fonctionnement économique défavorable à la croissance africaine.

Autre problème, si la Chine a effectué quelques investissements dans le secteur textile, elle décide aujourd'hui de rapatrier sa chaîne de production sur son territoire, privant le pays africain d'une diversité d'industries et hypothéquant ainsi un possible essor de la croissance.

La Chine est également accusée de pratiquer le dumping sur ses produits vendus en Afrique, attitude condamnée par les entreprises locales qui ne peuvent rester compétitives. Autre sujet de mécontentement, les industries locales mais aussi européennes, se plaignent des pratiques de contrefaçons auxquelles ont recours des entreprises chinoises.

=>Cette concurrence acharnée et déloyale (dumping et contrefaçon) fragilise un tissu industriel africain encore balbutiant.

Mais certains dirigeants s'efforcent d'étouffer ces condamnations afin de maintenir des relations privilégiées avec un partenaire aussi peu regardant sur leur politique intérieure et permettant de contourner les circuits commerciaux traditionnels contrôlés par les Occidentaux.

Par ailleurs, la nature des échanges constitue en elle-même un frein à la croissance africaine : la Chine vend à l'Afrique des produits manufacturés alors que cette dernière ne lui exporte que des matières premières brutes et de l'énergie.

Une donne pourrait contrebalancer cette tendance : la montée en puissance de l'Inde. Ne disposant pas de ressources financières comparables à celles de la Chine, l'Inde ne peut attirer par le biais de prêts alléchants. Cependant, elle compense en proposant une coopération plus équitable : en échange d'approvisionnements en énergie et matières premières, l'Inde propose à ses fournisseurs une coopération technique (avec des transferts de technologies, de la vente de médicaments, etc.). Aussi, à terme, cette concurrence entre les deux grands asiatiques pourrait être favorable au développement du continent africain.


V-Les rivalités sino-américaines en Afrique

La présence américaine en Afrique, même si elle reste marginale, est néanmoins indéniable, et ses motivations sont similaires à celles de Pékin : la mise en valeur des gisements pétroliers du continent africain.

Cependant, l'arrivée de la Chine pose inévitablement la question de "l'empiètement de territoire".

La Guinée équatoriale est longtemps restée un bastion des États-Unis, lesquels ont investi dans l'exploitation des gisements pétroliers (via les compagnies Exxon Mobile, Chevron Texaco et Triton Energy), faisant de sa production pétrolière la troisième d'Afrique sub-saharienne avec 17,4 millions de tonnes par an.

Alors que les États-Unis représentent le 1er partenaire commercial de la Guinée équatoriale, la Chine vient désormais se placer en 3ième position, elle est le 3ième client de la Guinée équatoriale pour le commerce du bois et apporte des soutiens techniques et financiers (Pékin multiplie les investissements, notamment pour la construction de routes...).

Même scénario en Angola où les États-Unis sont présents depuis plus de 20 ans. S'ils achètent 50% de son pétrole, la Chine est entrée sur le marché angolais et s'approprie déjà 1/3 de la production pétrolière angolaise. Pékin veut renforcer sa présence par le biais de l'approfondissement des relations sino-angolaises, politique qui a déjà porté ses fruits puisque la Sinopec est en train de récupérer les droits d'exploitations de blocs autrefois accordés aux compagnies occidentales (comme Total par exemple avec la redistribution du bloc 3/80 à la Sinopec). On constate même que la Chine n'hésite pas à mettre en jeu de fortes sommes, tel le prêt de 2 milliards de dollars accordés à l'Angola pour la reconstruction de ses infrastructures.

Il est intéressant de noter que l'Angola rembourse son créancier en exportant du pétrole !

Autre facteur à prendre en compte, l'arrivée de coopérants chinois (spécialistes, techniciens, etc.) qui alimente la croissance de la diaspora chinoise en Angola et devrait faire de cette communauté chinoise une des plus importantes d'Afrique.


Conclusion

- Intérêts chinois croissants en Afrique qui se manifestent par : une présence démographique accrue, des créations de forums, de chambres de commerce, une multiplication des partenariats commerciaux, des constructions d'infrastructures, des investissements et des prêts afin de renforcer la "dépendance" des États africains vis-à-vis de Pékin.

- Soutien diplomatique, logistique (armes), économique et financier de la Chine qui permet aux États africains marginalisés de passer au travers des pressions ou sanctions internationales exercées à l'encontre de leurs dirigeants autoritaires, Pékin permet donc à ces régimes clientélistes, véritables gouffres économiques, de se maintenir et d'empêcher tout développement économique basé sur une économie saine (c'est-à-dire non rentière).

- La Chine fausse le jeu de la communauté internationale sur le plan diplomatique ainsi que celui de l'approvisionnement pétrolier en tissant des relations bilatérales avec les pays producteurs de pétrole, contournant ainsi en partie le marché spot.

- La Chine mène une vigoureuse politique d'ancrage en Afrique non seulement afin de se garantir des approvisionnements en matières premières et en pétrole, mais aussi pour exploiter les autres richesses de l'Afrique (richesses forestières, halieutiques, etc.)... ainsi que pour développer ses compétences en matière d'exportation de produits avec une valeur ajoutée de plus en plus forte.

- Pékin vise à affaiblir et "contenir" Taiwan en "persuadant" les anciens pays amis de leur intérêt à se rallier à sa cause...

On peut alors se poser deux types de questions : quels bénéfices l'Afrique peut-elle espérer tirer d'une collaboration aux apparences avantageuses mais en réalité très inégale ? Quelle marge de manoeuvre peut bénéficier l'Inde qui propose un échange plus équitable pour s'insérer dans le marché africain ? Quelles en seront les conséquences ? De la part des dirigeants africains ? De la communauté internationale ? Comment vont évoluer les relations sino-américaines, (voire franco-chinoises) au fur et à mesure de l'extension de la présence chinoise ? Quelles peuvent être les mesures adoptées par Washington pour contrer le déploiement de Pékin sur des zones considérées comme ses chasses gardées ?


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Jeudi 21 septembre 2006

La pratique du droit international en Afrique ne s’est faite que dans une perspective coloniale : capitulation, protectorat, condominium, comme un droit conçu pour légitimer les acquisitions et les privilèges des forces non africaines. Désormais, la dynamique normative des instances régionales et sous-régionales africaines  se doit d’offrir un champ nouveau pour élaborer un droit qui soit capable de régler les conflits africains.

 

L’élaboration de toute politique de défense s’effectue en général à la lumière des vulnérabilités minutieusement recensées au préalable. Au regard de ce principe stratégique, toute tentative d’esquisse de bilan de l’action des institutions panafricaines en matière de paix et de sécurité depuis 1963, date de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine, jusqu'à nos jours soulève diverses interrogations : quelles sont les vulnérabilités de l’Afrique depuis 1963 et comment l’Afrique y a-t-elle fait face ? Mais comme le monde d’aujourd’hui se désenclave, se mondialise, une autre question vient se greffer aux deux précédemment citées : les problèmes de paix et de sécurité en Afrique avaient-ils été posé en termes universels en 1963 c’est-à-dire en considérant les réalités géopolitiques contemporaines ?

 

Selon l’Académie Internationale de la Paix, le terme paix est défini comme « les rapports entre groupes, classes ou Etats qui jouissent d’une situation où la violence (directe ou indirecte) ou la menace de violence sont absentes ». La violence directe ou manifeste étant quant à elle « la situation où des êtres humains tuent ou blessent délibérément d’autres êtres humains ». Quant à la violence indirecte ou structurale, elle apparaît comme « l’état des groupes, classes, ou Etats dont les conditions matérielles et psychologiques les maintiennent en situation d’infériorité par rapport aux autres ». De son coté, la polémologie qui établit un net distinguo entre la violence de droit commun à caractère plutôt individuel (généralement) et la violence politique, elle estime que cette dernière revêt deux formes : la première est « la violence homicide effective- fait d’un ou de plusieurs états- caractérisée par l’affrontements sanglants de groupes politiques, avec pertes physiques de vies humaines causées ou subies, ou même simplement risquées et acceptées ». La seconde est « la violence structurelle, observée à travers les pressions exercées le plus souvent par l’état, mais aussi parfois par des groupes qui, même en l’absence de pertes physiques de vies humaines, constituent une atteinte grave à la vie de l’homme, à sa liberté et son épanouissement.» .S’agissant du substantif sécurité, le dictionnaire courant le définit comme étant « la tranquillité d’esprit bien ou mal fondée dans une occasion où il pourrait y avoir sujet de craindre ».

 

Ces définitions imposent plusieurs observations. Tout d’abord la paix n’est pas un intervalle entre deux guerres. Au sein des pays se considérant ou considérés comme des îlots de paix comme entre des pays limitrophes entretenant soigneusement des relations d’amitiés et de bon voisinage, il peut exister, il existe même toujours, des situations pour le moins polémogènes, des situations de surchauffe sociale, politique et économique. Le défaut de maîtrise de telles situations est de nature à conduire inéluctablement jusqu’à l’explosion de la violence sous l’une ou l’autre de ses formes. En Afrique noire, la plupart des conflits sont des conflits de cohabitation à l’intérieur d’Etats mal conçus, ou de voisinages entre pays aux frontières mal découpées.

 

Bernard Guillerez pose la question de savoir si les sources de conflits en Afrique proviennent du tracé des frontières ou du droit à l’autodétermination des peuples? Pour beaucoup d’observateurs de la scène africaine, la question économique constitue un des éléments majeurs de la source de conflit en Afrique. Un aspect économique qui engendre des conflits d’appropriation et de contrôle sous trois formes principales : luttes de post-colonisation entre groupes tribaux, religieux pour la succession du pouvoir et des biens laissés par le colonisateur ; luttes pour l’appropriation d’un espace terrestre ou maritime généralement présumée riche entre deux Etats ; luttes en vue de l’appropriation de la décision entre le pouvoir central et une minorité plus ou moins soutenue dans la périphérie immédiate ou lointaine. Et c’est ici que la deuxième observation ressortissant aux définitions évoquées plus haut se dégage. En effet, dans l’acception qu’en donne le dictionnaire, la sécurité pose par essence un problème indéfini car ce qu’une Nation peut faire pour assurer sa sécurité apparaît nécessairement aux Nations de la périphérie comme une menace contre la leur. Rien d’étonnant dès lors si la politique de défense des pays africains isolément pris n’a pas toujours suivi la ligne diplomatique tracés par l’OUA depuis 1963, et par l’Union africaine aujourd’hui. Malgré les espoirs que les indépendances africaines ont suscités, il subsistait des tares pluridimensionnelles dont l’inventaire ne saurait être établit ici.

 

Dès les premiers jours des indépendances, l’Afrique a connu, tant au niveau des frontières de certains Etats qu’au sein même de certains autres, des situations fort préjudiciables non seulement à la crédibilité de sa maturité politique mais aussi et surtout à la cohésion et à l’unité recherchées unanimement pendant sa lutte pour se libérer du joug du colonisateur. Nous rappellerons pour mémoire, au niveau des frontières, celui du voisinage entre les Etats, la Somalie a eu à croiser le fer tour à tour avec l’Ethiopie et le Kenya ; l’Algérie avec le Maroc. Nul n’ignore qu’au plan de la cohabitation à l’intérieur des Etats, le Cameroun et le Congo Léopoldville (Ex Zaïre devenu le RD-Congo) ont vu se soulever des fractions de leurs populations ; les armes à la main, derrière des meneurs de types et d’ambitions parfois encouragés sinon appuyés de l’extérieur. Ceci n’aidait pas à consolider l’Afrique qui naissait. Et très tôt les nouveaux dirigeants de l’Afrique indépendante s’en rendirent compte et marquèrent avec empressement leur volonté d’unir leurs efforts. D’où l’intense activité diplomatique qui a entraîné des regroupements tels que ceux de Monrovia et de Casablanca qui n’ont pas su, malheureusement, accorder leurs violons avant la naissance de l’OUA. Conscients de la relation entre développement et la paix, douze chefs d’Etats de la Communauté Française décidèrent à Tananarive (Madagascar) en 1961 de créer le Pacte de défense de l’Union Africaine et Malgache dont le Conseil supérieur tint ses premières assises à Douala, au Cameroun, en Août 1962. Toutefois c’est dans la Charte de l’OUA que se dégage pleinement, non seulement la prise de conscience de l’Afrique de ses vulnérabilités du moment, mais aussi de son amplitude. Il suffit à cet égard de se référer aux objectifs et principes relatifs contenus dans les articles II et III de la Chartre. Il ressort de ces articles que dans la quête de sa sécurité, sous toutes ses formes, la consolidation de son indépendance et le développement de la coopération pour le bien-être de ses populations, Elle retient sept principes : la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats, le règlement pacifique des différends (…).

A la lecture de ces principes, nous ne pouvons que regarder le champ de ruine africain et stigmatisé l’incapacité de l’UA aujourd’hui et l’OUA dans le passé à faire respecter ces principes.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Mercredi 21 juin 2006

Le Conseil de l’Union européenne a adopté une Action Commune (base juridique et cadre de l’opération pour l’UE) sur une opération de l’Union européenne d’appui à la Mission des Nations Unies en RD-Congo (MONUC) pendant la période électorale.

L’opération militaire sera conduite en plein accord avec les autorités de la RD-Congo et en étroite coopération avec elles et avec la MONUC. Cette opération autonome sous la direction de l’UE sera menée dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD).

L’opération de l’UE sera sous commandement allemand (Général de corps d’armée Karlheins Viereck) et la force de l’UE sera sous commandement français (Général de division Christian Damay).

L’opération militaire dénommée « EUFOR RD CONGO », sera déployée conformément au mandat figurant dans la résolution 1671 du Conseil de sécurité des Nations Unis adopté en avril 2006. Elles comportent le déploiement d’un élément avancé à Kinshasa de plusieurs centaines de militaires ; la disponibilité d’une force en attente, de la dimension d’un bataillon, située hors du pays (Gabon) mais rapidement déployables sous décision de l’UE si nécessaire.

Selon les termes du mandat du Conseil de sécurité, EUFOR RD CONGO assurera les taches suivantes : apporter son soutien à la MONUC pour stabiliser, au cas où la MONUC rencontrerait de graves difficultés pour s’acquitter de son mandat dans la limite de ces capacités existantes ; contribuer à la protection des civils exposés à la menace imminente de violences physiques dans les zones où elle sera déployée, et sans préjudice de la responsabilité du gouvernement de la République démocratique du Congo ; contribuer à la protection de l’aéroport à Kinshasa ; assurer la sécurité et la liberté de mouvement du personnel ainsi que la protection des installations de la force ; effectuer des opérations de caractère limité, afin d’extraire des individus en danger.

Cette force sera déployée en RDC pour une période s’achevant quatre mois après la date du premier tour des élections présidentielles et législatives, fixées au 30 juillet 2006. Le Conseil avait approuvé le concept d’une telle opération le 23 mars dernier, suite à une demande de l’ONU. La planification d’un soutien renforcé en matière de police par le biais d’EUPOL Kinshasa sera également poursuivie.

Le processus électoral  commande à l’UE de soutenir le Congo Kinshasa. En effet, le 27 avril 2006, les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont rappelé l’importance d’achever le processus de transition en RDC, qui est également essentiel pour favoriser la paix et la stabilité à travers la région des Grands Lacs.  L’engagement européen  se traduit par le soutien apporté via le Fonds européen de développement (FED) et des programmes de la Communauté européenne, des missions dans les domaines militaires, de sécurité et de police ainsi que par le biais d’un appui bilatéral par les Etats Membres.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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