Notre constat :
La fin du XXème siècle a montré que l’égalité des droits, maillon essentiel de la démocratie, ne suffit plus à réaliser l’égalité des chances. L’augmentation des inégalités dans la société française d’aujourd’hui est un constat partagé et largement identifié. Elle entraîne un recul dangereux de la confiance dans les valeurs républicaines, un rejet de la citoyenneté et de la fierté d’être français. Les exclus de l’égalité des chances touchent les « défavorisés », derniers servis dans les processus de croissance, en situation de sous-emploi, et souvent relégués dans des zones « ghettos », et les minorités visibles.
Les français issus de l’immigration de l’Afrique subsaharienne ne participent pas véritablement au destin de la société française. Ils sont quasiment invisible dans le monde politique, judiciaire, de la télévision, des directions d’entreprises, des corps intermédiaires, des institutions…Ils sont à diplômes ou qualifications égales, davantage victimes du chômage. Leur taux de chômage est plus de deux fois supérieur à celui de l’ensemble de la population.
Pendant longtemps, l’école a été le pivot de l’égalité des chances. Aujourd’hui, elle est devenu un facteur d’exclusion notamment avec le développement du chômage des jeunes. En effet, l’école reste très inégalitaire dans son fonctionnement et elle semble engager sur la voie de l’exclusion ceux qui sont en situation d’échec scolaire. Pour quelles raisons ? D’une part parce qu’il devient très difficile aujourd’hui de trouver un emploi lorsque l’on a aucun diplôme. Pour les populations issues de l’immigration, par exemple, la possession d’un CAP s’impose comme un niveau de diplôme minimal. D’autre part parce que l’absence de diplôme, l’âge de sortie de l’école, les redoublements précoces, l’absentéisme marqué ou encore certaines orientations spécifiques risquent de traduire aux yeux des éventuels employeurs des difficultés antérieures de socialisation, et donc des risques futurs.
Au sommet, on ne peut que constater une crise des élites. Contrairement à ce qui s'entend communément aujourd'hui, le problème n'est pas l'existence de l'Ecole Nationale d'Administration ou de Polytechnique mais la pérennité de la position acquise. Guère de place pour ceux qui sont issus d'autres filières et notamment du terrain et qui pourraient irriguer par des méthodes ou une pensée originale à la fois l'Etat et les entreprises. Il s'agit d'un oligopole socioculturel caractérisé par l'absence de concurrence. Nos gouvernements, quels qu'ils soient, sont trop souvent issus de la fonction publique. De surcroît, nos élites formées dans un même moule se retrouvent aussi dans le privé et dans l'univers politique, ce qui tend à renforcer une pensée uniforme (facteur fondamentale de l’exclusion du français issus de l’immigration). La réussite croissante des jeunes issus de l’immigration dans les filières médicales et juridiques, où il n’y a pas de sélection subjective à l’entrée, montre, si besoin était, que ces français sont victimes de discrimination.
La France continue de répondre, à cette demande collective de reconnaissance, à coté en médiatisant le succès de quelques individualités dans le domaine du sport ou du spectacle occultant l’effrayante vérité statistique du plus grand nombre.
Notre ambition :
La République ne connaît pas de minorités. Elle ne connaît que des citoyens, égaux dans leur relation directe avec l’État. Elle ne veut connaître ni les origines ethniques, ni les religions. Et il n’y a, a priori, pas moins raciste, pas moins discriminatoire, que cette idée-là. Contrairement à la société anglo-saxonne, les notions de communauté et de minorité heurtent notre sentiment républicain.
Mais que se passe-t-il lorsqu’on fait le constat qu’il y a loin du principe à la réalité ? Que faire quand on admet enfin que notre méritocratie sert trop souvent de couverture à des modes de sélection moins avouables ? Continuer de nier les évidences, au nom des grands principes, ou bien se résoudre à accepter certains correctifs, fût-ce en apparente dérogation à notre philosophie sociale ?
Si un effort doit être accompli en direction des français issus de l’immigration de l’Afrique subsaharienne, c’est parce que cette population a fait le choix de la France, elle s’incarne dans tous les troubles et les défis auxquels la société française est confrontée. Editer une nation pluraliste, promouvoir l’égalité des chances sont des préalables à la modernisation de notre démocratie.
Une réponse individuelle à ces injustices est nécessaire. Pour les français issus de l’immigration, comme pour tous les français qui ne disposent pas des mêmes droits que les autres, il faut mettre en œuvre une politique d’équité républicaine pour que l’égalité formelle se transforme en égalité réelle. Elle passe par une redéfinition du sens de l’école. Il faut que les jeunes élèves se réapproprient l’intérêts des études pour eux-mêmes et pour leur avenir. Un avenir qui passe par une nouvelle politique de recrutement et de gestion des personnels issus de l’immigration des entreprises. En effet, les entreprises doivent être incitées à encourager la diversité culturelle, ethnique et sociale de leurs salariés. Elles doivent lutter contre la discrimination à l’embauche ou à la promotion.
Notre projet :
Si la politique africaine de la France pendant la guerre froide a constitué un instrument de rayonnement international et de conservation de son rang de grande puissance moyenne, tant la transformation de l’ordre international que les évolutions survenues sur le continent au cours des quinze dernières années ont amené le dérèglement de ce système d’influence. La marginalisation du continent africain dans les années 1990 a convaincu les dirigeants français que l'Europe constituait le nouveau « multiplicateur de rayonnement », les amenant à réformer le cadre de cohérence d’une politique africaine théorisée lors des indépendances politiques.
Dans le même temps, la volonté française de participer au renforcement du pilier PESC de l'UE destiné à doter l'Europe d'une consistance politique, diplomatique et militaire propre - dans la lignée de la conception particulière dont la France a fait preuve en se retirant de l'OTAN en 1966 - n'a pas cessé. Or, l'engagement des Britanniques - connus pour leurs conceptions nettement plus atlantistes - en Sierra Leone en 1998 a démontré non seulement que l'interventionnisme en Afrique pouvait être source d’influence en Europe, mais encore que la France n’était plus la seule à pouvoir jouer le rôle de nation-cadre d’une intervention européenne en Afrique.
La gestion des affaires africaines à un niveau supranational européen est un phénomène récent. Cette ambition est devenue possible avec l’adoption du Traité de Maastricht (entrée en vigueur en 1993) qui a ouvert la voie à l’émergence d’une politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l’Union européenne, suivie par une politique étrangère de sécurité et de défense (PESD) qui offre notamment à l’Europe une autonomie d’action dans la gestion militaires des crises. La gestion commune des dossiers par les 25 Etats-membres et la Commission européenne grignote progressivement les « pré carrés » hérités de la colonisation. Ainsi, on assiste à une européanisation progressive des relations entre les anciennes métropoles et leurs anciennes possessions coloniales, non seulement à travers les relations économiques mais de plus en plus par le truchement de la politique étrangère européenne. Amisphère Sud se veut un partenaire actif de cette vision européenne des relations entre la France et l’Afrique subsaharienne.
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