Jeudi 21 septembre 2006

La pratique du droit international en Afrique ne s’est faite que dans une perspective coloniale : capitulation, protectorat, condominium, comme un droit conçu pour légitimer les acquisitions et les privilèges des forces non africaines. Désormais, la dynamique normative des instances régionales et sous-régionales africaines  se doit d’offrir un champ nouveau pour élaborer un droit qui soit capable de régler les conflits africains.

 

L’élaboration de toute politique de défense s’effectue en général à la lumière des vulnérabilités minutieusement recensées au préalable. Au regard de ce principe stratégique, toute tentative d’esquisse de bilan de l’action des institutions panafricaines en matière de paix et de sécurité depuis 1963, date de la création de l’Organisation de l’Unité Africaine, jusqu'à nos jours soulève diverses interrogations : quelles sont les vulnérabilités de l’Afrique depuis 1963 et comment l’Afrique y a-t-elle fait face ? Mais comme le monde d’aujourd’hui se désenclave, se mondialise, une autre question vient se greffer aux deux précédemment citées : les problèmes de paix et de sécurité en Afrique avaient-ils été posé en termes universels en 1963 c’est-à-dire en considérant les réalités géopolitiques contemporaines ?

 

Selon l’Académie Internationale de la Paix, le terme paix est défini comme « les rapports entre groupes, classes ou Etats qui jouissent d’une situation où la violence (directe ou indirecte) ou la menace de violence sont absentes ». La violence directe ou manifeste étant quant à elle « la situation où des êtres humains tuent ou blessent délibérément d’autres êtres humains ». Quant à la violence indirecte ou structurale, elle apparaît comme « l’état des groupes, classes, ou Etats dont les conditions matérielles et psychologiques les maintiennent en situation d’infériorité par rapport aux autres ». De son coté, la polémologie qui établit un net distinguo entre la violence de droit commun à caractère plutôt individuel (généralement) et la violence politique, elle estime que cette dernière revêt deux formes : la première est « la violence homicide effective- fait d’un ou de plusieurs états- caractérisée par l’affrontements sanglants de groupes politiques, avec pertes physiques de vies humaines causées ou subies, ou même simplement risquées et acceptées ». La seconde est « la violence structurelle, observée à travers les pressions exercées le plus souvent par l’état, mais aussi parfois par des groupes qui, même en l’absence de pertes physiques de vies humaines, constituent une atteinte grave à la vie de l’homme, à sa liberté et son épanouissement.» .S’agissant du substantif sécurité, le dictionnaire courant le définit comme étant « la tranquillité d’esprit bien ou mal fondée dans une occasion où il pourrait y avoir sujet de craindre ».

 

Ces définitions imposent plusieurs observations. Tout d’abord la paix n’est pas un intervalle entre deux guerres. Au sein des pays se considérant ou considérés comme des îlots de paix comme entre des pays limitrophes entretenant soigneusement des relations d’amitiés et de bon voisinage, il peut exister, il existe même toujours, des situations pour le moins polémogènes, des situations de surchauffe sociale, politique et économique. Le défaut de maîtrise de telles situations est de nature à conduire inéluctablement jusqu’à l’explosion de la violence sous l’une ou l’autre de ses formes. En Afrique noire, la plupart des conflits sont des conflits de cohabitation à l’intérieur d’Etats mal conçus, ou de voisinages entre pays aux frontières mal découpées.

 

Bernard Guillerez pose la question de savoir si les sources de conflits en Afrique proviennent du tracé des frontières ou du droit à l’autodétermination des peuples? Pour beaucoup d’observateurs de la scène africaine, la question économique constitue un des éléments majeurs de la source de conflit en Afrique. Un aspect économique qui engendre des conflits d’appropriation et de contrôle sous trois formes principales : luttes de post-colonisation entre groupes tribaux, religieux pour la succession du pouvoir et des biens laissés par le colonisateur ; luttes pour l’appropriation d’un espace terrestre ou maritime généralement présumée riche entre deux Etats ; luttes en vue de l’appropriation de la décision entre le pouvoir central et une minorité plus ou moins soutenue dans la périphérie immédiate ou lointaine. Et c’est ici que la deuxième observation ressortissant aux définitions évoquées plus haut se dégage. En effet, dans l’acception qu’en donne le dictionnaire, la sécurité pose par essence un problème indéfini car ce qu’une Nation peut faire pour assurer sa sécurité apparaît nécessairement aux Nations de la périphérie comme une menace contre la leur. Rien d’étonnant dès lors si la politique de défense des pays africains isolément pris n’a pas toujours suivi la ligne diplomatique tracés par l’OUA depuis 1963, et par l’Union africaine aujourd’hui. Malgré les espoirs que les indépendances africaines ont suscités, il subsistait des tares pluridimensionnelles dont l’inventaire ne saurait être établit ici.

 

Dès les premiers jours des indépendances, l’Afrique a connu, tant au niveau des frontières de certains Etats qu’au sein même de certains autres, des situations fort préjudiciables non seulement à la crédibilité de sa maturité politique mais aussi et surtout à la cohésion et à l’unité recherchées unanimement pendant sa lutte pour se libérer du joug du colonisateur. Nous rappellerons pour mémoire, au niveau des frontières, celui du voisinage entre les Etats, la Somalie a eu à croiser le fer tour à tour avec l’Ethiopie et le Kenya ; l’Algérie avec le Maroc. Nul n’ignore qu’au plan de la cohabitation à l’intérieur des Etats, le Cameroun et le Congo Léopoldville (Ex Zaïre devenu le RD-Congo) ont vu se soulever des fractions de leurs populations ; les armes à la main, derrière des meneurs de types et d’ambitions parfois encouragés sinon appuyés de l’extérieur. Ceci n’aidait pas à consolider l’Afrique qui naissait. Et très tôt les nouveaux dirigeants de l’Afrique indépendante s’en rendirent compte et marquèrent avec empressement leur volonté d’unir leurs efforts. D’où l’intense activité diplomatique qui a entraîné des regroupements tels que ceux de Monrovia et de Casablanca qui n’ont pas su, malheureusement, accorder leurs violons avant la naissance de l’OUA. Conscients de la relation entre développement et la paix, douze chefs d’Etats de la Communauté Française décidèrent à Tananarive (Madagascar) en 1961 de créer le Pacte de défense de l’Union Africaine et Malgache dont le Conseil supérieur tint ses premières assises à Douala, au Cameroun, en Août 1962. Toutefois c’est dans la Charte de l’OUA que se dégage pleinement, non seulement la prise de conscience de l’Afrique de ses vulnérabilités du moment, mais aussi de son amplitude. Il suffit à cet égard de se référer aux objectifs et principes relatifs contenus dans les articles II et III de la Chartre. Il ressort de ces articles que dans la quête de sa sécurité, sous toutes ses formes, la consolidation de son indépendance et le développement de la coopération pour le bien-être de ses populations, Elle retient sept principes : la non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats, le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats, le règlement pacifique des différends (…).

A la lecture de ces principes, nous ne pouvons que regarder le champ de ruine africain et stigmatisé l’incapacité de l’UA aujourd’hui et l’OUA dans le passé à faire respecter ces principes.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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