Nous nous faisons l'écho d'une note produit par l'IEM (Institut Economique Molinari) sur l'incidence du protectionnisme de l'Union européenne sur le développement en Afrique. Cette note est consultable sur le site http://www.institutmolinari.org/editos/20050719.htm. Elle date de juillet 2005 et fut écrite par Xavier Méra.
Le Sommet du Groupe des Huit pays les plus industrialisés du monde (G8), le Royaume-Uni, la Russie, l'Allemagne, le Japon, l'Italie, le Canada, la France et les États-Unis, s’est tenu à Gleneagles en Écosse, du 6 au 8 juillet 2005. Puisqu'il y était question du sort de l'Afrique, le moment était particulièrement opportun pour s'interroger sur l'impact des politiques de ces États sur le développement africain ou plutôt, sur l'absence remarquée de développement africain. Si le revenu quotidien moyen sur le continent noir est au-dessous d'un dollar américain, comme l'a affirmé Jack Lang dans Le Monde du 1 er juillet, les gouvernements représentés au G8 ont-ils une responsabilité dans cet état de fait? La remise en question de leurs politiques vis-à-vis de l'Afrique peut-elle changer quelque chose?
Il ne fait aucun doute que les spécialistes de la communication "altermondialiste" répondront par l'affirmative. Les pays du Nord entretiendraient une relation d'exploitation avec ceux du Sud par le truchement d'un libre-échange mondialisé. Cette mise en cause de la mondialisation est devenue de rigueur au point que peu de commentateurs s'aventurent à examiner son bien-fondé, qu'il s'agisse du caractère destructeur ou de l'existence même du phénomène de mondialisation. Il n'est plus question que de maîtriser cette mondialisation, la pertinence du constat étant au moins implicitement concédée. Si les gouvernements des pays industrialisés ont bien une responsabilité dans le désastre africain, les raisons avancées et les solutions anti-libérales qui en découlent sont fondamentalement erronées.
Premièrement, on ne peut pas dire que l'Afrique soit intégrée dans un processus de mondialisation des échanges, quelle que soit l'étendue du phénomène ailleurs. Comme Jack Lang le rappelle, la part du commerce mondial de l'Afrique est aujourd'hui de 2%. Comment un continent si grand et si peuplé pourrait-il avoir une part aussi faible dans un univers de libre-échange? Ensuite, il faut bien comprendre ce que signifie "libre-échange". Il y a libre-échange entre des pays lorsque les résidents de chaque zone peuvent commercer librement avec les autres, sans que les frontières politiques qui les séparent ne constituent des obstacles. Les droits de douane et les réglementations conditionnant l'entrée de produits à certains standards sont des obstacles. Plus ils sont élevés, plus il y en a, moins on peut parler de libre-échange. Or, il devrait être clair que l'attitude des gouvernements américain et européens en particulier, est très protectionniste vis-à-vis de l'Afrique.
Ce constat peut paraître à première vue exagéré quand on sait que les droits de douane de l'Union européenne s'élèvent en moyenne à 5%, d'après l'association Oxfam. Cependant, cette moyenne est peu significative. Ce qui compte pour estimer le caractère plus ou moins protectionniste de la politique de l'Union européenne envers l'Afrique, ce sont les droits de douane et les autres restrictions auxquels sont soumises les importations de produits pour lesquels les Africains ont un avantage comparatif, à savoir les produits agricoles essentiellement, et aussi les produits textiles. Les tarifs douaniers de l'Union européenne sur les produits agricoles sont de 20% en moyenne(1) et s'élèvent jusqu'à 250% pour certains d'entre eux. C'est ainsi que la Politique Agricole Commune a instauré la "préférence communautaire", autrement dit le protectionnisme.
Alors que tout le monde s'accorde à dire qu'un embargo appauvrit les habitants du pays qui en est victime, les conséquences désastreuses du protectionnisme sur le pays contre lequel on se "protège" demeurent mal appréhendées. Elles sont pourtant les mêmes puisque ces dénominations différentes recouvrent en fait la même réalité. De chaque côté des frontières, les gens sont privés des gains de la division internationale du travail. Les Africains se voient empêchés de profiter de leur supériorité relative dans le domaine agricole. De plus, cette distorsion est renforcée par les subventions accordées dans le cadre de la P.A.C. aux agriculteurs européens, leur permettant de vendre leurs surplus en dehors de l'Europe. Non seulement on prive les Africains de l'accès au marché européen mais en plus on fait baisser les prix de leurs produits par l'afflux de produits européens qui n'auraient pas été rentables autrement. Le développement de l'Afrique requiert le démantèlement de ces dispositifs protectionnistes, aussi rapidement que possible.
(1) Europe’s Double Standards: How the EU Should Reform its Trade Policies with the Developing World, Oxfam Briefing Paper 22, April 2002.
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