Vendredi 10 mars 2006

Ce qui vient spontanément à l'esprit lorsque l'on évoque les enjeux de sécurité reliés aux ressources minières, ce sont les enjeux géopolitques et géostratégiques reliés à l'accès et au contrôle, par les grandes puissances, de certains gisements de minéraux ou de métaux stratégiquement importants pour leur économie, mais aussi pour leur défense. Le continent africain, doté de richesses minières extrêment importantes, a , depuis la colonisation, été le théâtre de la rivalité des grandes puissances pour le contrôle de ces richesses. Cependant, si l'exploitation minière représente un enjeu sécuritaire pour les grandes puissances, certains évènements récents montrert qu'elle peut également constituer une menace sérieuse à la sécurité des populations ainsi qu'à la sécurité des pays africains eux-mêmes.

Depuis le début des années 80, le continent africain est soumis, par l'entremise des programmes d'ajustement struturels entrepris sous l'égide des institutions de Bretton Woods, à un processus de libéralisation économique extensif qui se poursuit toujours et ne semble pas vouloir s'arrêter. Ce processus de libéralisation économique fut accompagné d'un retrait programmé du rôle de l'Etat des fonctions redistributuves et de développement économique et d'une réorganisation de son intervention vers la mise en place de cadres juridiques et d'institutions devant superviser le bon fonctionnement du marché, dans le but de favoriser des stratégies de croissances fondées sur la promotion des intérêts privés, bien souvent étrangers.

Au début des années 90, la Banque mondiale identifia le secteur minier comme un secteur d'importance primordiale pour le continent africain, soutenant que celui-ci pouvait contribuer de manière significative au développement de plusieurs pays d'Afrique et devenir une source appréciable de revenus de taxation et de devises étrangères. Pour y parvenir, la Banque estima que les pays africains devaient attirer des capitaux nouveaux provenant de compagnie minières étrangères en mettant en place des cadres législatifs et réglementaires plus favorables à l'investissement privé et en privatisant les compagnies minières publiques. Dans la mise en place de ces nouvelles règles devant encadrer l'exploitation minière en Afrique, on peut identifier trois générations successives de codes miniers, chaque nouvelle génération précédente étant conçue pour s'aligner sur les codes les plus libéralisés de la génération précédente, le dernier en date étant celui de la RDC. Le résultat des réformes est un processus de redéfinition du rôle de l'Etat, qui est maintenant celui d'un "facilitateur", impliquant un retrécissement important de son contrôle sur la gestion et l'exploitation des ressources naturelles.

Fait pardoxal, la possession de ressources minières par un pays, qui pourrait normalement être considérée comme une garantie, ou comme une condition favorable au développement d'un pays, peut parfois représenter une menace à sa sécurité. En témoigne les évènements survenus en Guinée et en RDC.

Entre les mois de septembre 2000 et juin 2001, les rebelles du RUF (front révolutionnaire uni) de la Sierra Leone ont perpétré plusieurs attaques meurtrières en Guinée, semant la terreur au sein de la population guinéenne, ainsi que parmi les 75000 réfugiés sierra-léonais vivant de ce coté de la frontière. Cette campagne des rebelles du RUF, soutenus par le Liberia était en grande partie motivée par le désir de s'emparer des ressources diamentaires de la Guinée.

Le conflit armée impliquant ces trois pays est représentatif d'une nouvelle géographie des conflits où les mobiles de la guerre ne sont plus les différences ethniques, religieuses ou idéologiques, mais la compétition pour contrôler les richesses naturelles et minérales d'un pays ou d'une région.

La situation qui prévalait en RDC a porté à un autre niveau les atteintes à l'intégrité d'un Etat que peut susciter et, surtout, faire perdurer la possession de ressources minières. En août 1998, la RDC fut attaquée par les armées rwandaises et ougandaises. Au plus fort de la crise, sept pays africains furent impliqués dans ce conflit qui semble enfin sur la voie du règlement....Un rapport soumis au Conseil de sécurité de l'ONU révèle la place centrale occupée par les ressources minières dans ce conflit ainsi que la complicité des compagnies minières.

Cette guerre fut caractérisée par une impliquation considérable des forces armées étrangères dans les activités minières et les activités financières afférentes afin de financer leur effort de guerre. Ce type de conflit marque une transition vers ce que l'on pourrait nommer le commercialisme militaire qui, contrairement au commerce militarisé normal dans lequel certains intérêts commerciaux  tirent avantages de l'activité militaire, vient justifier et permettre le déploiement des forces armées nationales par des considérations commerciales.

Les nombreux exemples d'entreprises commerciales mises sur pied par des armées ennemies de la RDC, en plus de permettre l'autofinancement de la guerre, éliminant par le fait même les contraintes financières imposées par la guerre et permettant sa perpétuation, démontrent qu'un pays déstabilisé peut offrir d'importantes récompenses à l'élite politique et militaires des pays voisins.

 

par Amispheresud publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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