L’influence n’est pas le rayonnement. L’union rayonne par le prestige historique des Etats membres et elle est porteuse, aux yeux du monde, d’un « capital sympathie ». L’influence s’exerce par le truchement de la puissance politique et économique. Pendant la Guerre froide, la bipolarité du monde conférait à l’espace économique européen un rôle central dans la lutte des deux Blocs. En effet, l’espace européen était le théâtre de la ligne de rupture en l’est et l’ouest. L’affrontement militaire se déroulait en périphérie des deux Blocs. Après la guerre froide, les Etats-Unis se sont révélés comme la Puissance occidentale de premier plan pendant que l’Union apparaissait comme une puissance intermédiaire, non achevée. Le cafouillage diplomatique autour de la question iraquienne impose aux européens la mise en place d’une stratégie commune pour influer sur la décision de l’acteur global.
Mener une politique d’influence implique différents éléments: définir des buts, une cohésion dans l’appareil de décision et un principe de continuité. A cela il faut ajouter une idéologie qui se fonderait sur la démocratie, l’économie de marché et les droits de l’Homme. Des valeurs que l’Union et les Etats-Unis partagent communément. Promouvoir les langues européennes dans leurs zones d’influence traditionnelles par le biais médiatique (Internet, Radio), le cinéma et les programmes télévisuelles. Chercher à rejoindre les Etats-Unis dans le partage des contributions aux institutions internationales. L’Amérique participe à hauteur de 25% du budget de la Banque Mondiale et du fonds monétaire international. Suspendre la contribution des Etats membres et la remplacer par une contribution unique de l’Union européenne (Elle aurait déjà la personnalité juridique nécessaire pour participer en tant que personne morale aux organisations internationales). Il faudrait aussi construire un réseau d’états tiers durablement et profondément liés à l’Union. Ces Etats seraient des relais d’influence dirigés exclusivement vers le centre de la décision : Washington.
Au même titre que les Etats Unis, l’Union devrait s’atteler à la formation des élites économiques, politiques et militaires d’états tiers. Favoriser l’implantation de système scolaire (comme en Afrique francophone) similaire à ceux de l’Union (cela nécessite une harmonisation du modèle éducatif dans l’Union). Cela crée automatiquement une communauté de valeurs et d’acquis exploitable à terme pour le politique. L’Union doit s’efforcer de créer des pôles d’excellence technologiques pour drainer chercheurs et autres savants de pays tiers. Cibler une immigration de « cerveaux » à qui l’Union donnerait les moyens de travailler. Au niveau de l’Ambassade de l’Union, il faudrait créer des réseaux économiques plus performants à charge de maintenir un contact avec les milieux d’affaire américains en premier, chinois, russes et japonais en second.
L’Union doit se fixer des objectifs politiques et définir une organisation des moyens à cet effet. La cohérence des objectifs et des moyens rend la stratégie d’influence efficace. L’Union ne doit pas se perdre dans une opposition stérile à l’Amérique mais plutôt chercher à peser économiquement sur les décisions américaines. Elle doit réexaminer sa diplomatie (en fait la définir car pour le moment il n’existe pas de diplomatie de l’Union indépendamment des Etats membres). Après avoir fixer des objectifs clairs et ayant fixé les termes de la diplomatie qui doit accompagner la réalisation de ces objectifs, l’Union devra définir une stratégie des moyens. De façon générale, l’Union réagit plutôt que de mener une politique qui privilégie ces intérêts. Faxe aux américains la posture du scénario de l’Europe puissance est nuisible et stérile. Pour agir dans le monde, il faudrait peser de façon efficace sur la décision américaine de l’intérieur.
Pour influer, il faudrait harmoniser la « région » Union européenne en tenant compte des opinions des partenaires extra communautaires. Pour l’Union européenne, exister devant la puissance américaine, c’est imposer sa vision des choses en prônant l’unité dans la diversité et non pas l’équilibre des forces. Les Européens seraient donc contraints de considérer leur diplomatie, leur politique de défense et la définition de leurs intérêts particuliers à travers le prisme de la place qu’ils occupent auprès des Etats-Unis. L’important est de vivre cette contrainte comme un levier pour devenir un protagoniste actif et responsable d’un monde libre, plus sûr et plus prospère. La solution pour l’Union passe par la création d’une nouvelle forme de « participation démocratique à la décision » qui affecte le système occidental. Cette décision, si elle était prise par les instances européennes ne signifierait pas que l’Union devrait se résigner au rôle de supplétifs des Etats-Unis mais plutôt de partenaire complémentaire. Cependant, à ce stade de notre étude, cette solution reste la plus intéressante pour donner à l’Union le poids qui lui revient par rapport à la puissance américaine. Cette vision d’une politique étrangère européenne qui prendrait en compte une vision américaine du monde implique que l’Union européenne travaille dans le sens d’une sécurité globale qui dépasse le cadre des intérêts strictement européen. Deux conséquences en découlent : la première est que l’Union européenne accepte que les questions de sécurité du Vieux continent ne soient pas seulement de son ressort mais impliquent la responsabilité et l’intérêt du reste du monde –Il est normal que la Bosnie soit considéré comme un problème pour les pays musulmans hors Europe. La seconde conséquence est que les problèmes de sécurité planétaires soit l’affaire de tous. Cela signifie que l’Union doit assumer ses responsabilités –financières- dans ce domaine selon ces capacités propres.
Pour accomplir ce retournement stratégique, l’Union doit sortir de sa logique traditionnelle de « diplomatie de défense ». Elle doit renoncer à une stratégie de persuasion qui s’attachait à associer les perturbateurs aux intérêts européens et à éviter qu’ils ne deviennent des terroristes potentiels. L’Union européenne doit mettre en œuvre des nouvelles gammes stratégiques.
L’écart de capacités et moyens militaires entre les Etats européens et les Etats-Unis est une réalité évidente, qui contribue à accroître les tensions existantes dans le cadre de la coopération transatlantique en matière de sécurité et de défense. Malgré ce constat, les Européens ne parviennent pas à relever ce défi soit par le choix de la stratégie du faible développé ici, soit par la mise en œuvre d’une autonomie des moyens de défense. Ce qui est marquant, c’est le manque de volonté politique commune, et l’incapacité d’envisager l’Europe de la défense au-delà du Traité Atlantique. Malgré les différents problèmes évoqués plus haut (budgets de la défense, problèmes industriels, manque de coopération entre centre de recherche et industriels de la défense….), le blocage dans l’Union est plus politique que technique. Il existe des programmes phares dont l’importance stratégique est reconnue. Mais, ils s’enlisent en cours d’études et de pré production (A400M, Galiléo…). Les échéances s’allongent d’année en année, augmentant les risques industriels et financiers liés à ces projets. Face à ce constat, la puissance industrielle américaine domine dans un rapport de force complètement déséquilibré. En l’absence de progrès considérables, qualitatifs et quantitatifs, la politique étrangère de sécurité et de défense ne pourra se transformer, non pas en alternative des Etats-Unis, mais en un partenariat accru renforçant directement l’Alliance Atlantique en procurant un rôle spécifique à l’Union dans le processus de prise de décision aux Etats-Unis
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