Mardi 10 janvier 2006

Il n’existe pas de réponse unique à la question de la gestion d’un conflit. La prévention des conflits, le règlement des différends, le maintien de la paix, l’imposition de la paix, la réconciliation et la reconstruction sont autant d’éléments qui contribuent à l’instauration et au maintien de la paix. Sans oublier le développement de la société civile, la maturation des processus démocratiques et la consolidation d’institutions judiciaires légitimes et indépendantes. Les Etats-Unis possèdent différents programme sur ces différentes questions mais nous nous cantonnerons au maintien de la paix.

 

 

Depuis la création en septembre 1996 de l’initiative de réponse à la crise africaine par l’administration Clinton, l’ACRI à connu quelques évolutions.  Son objectif principal est de coopérer avec les pays africains afin d’accroître leur capacité de répondre de manière efficace aux crises. Pour les Etats-Unis, l’ACRI permet de mettre en place des bataillons interopérables et rapidement déployables (issus de pays démocratiques et stables qui peuvent coopérer pour maintenir la paix sur le continent). Ce partenariat rentre dans le cadre de l’engagement américain  sur le continent africain pour la croissance économique, la démocratie et la stabilité. Cette initiative va aussi dans le sens de l’objectif énoncé dans le rapport de maintien de la paix, publié par le SG des Nations Unis en novembre 1995. Dans ce rapport, il invitait la communauté internationale à mettre davantage l’accent sur le développement de la capacité de réagir rapidement et efficacement aux situations d’urgence en Afrique.

En s’inscrivant dans la logique du rapport onusien, les Etats-Unis ont examiné l’idée de créer une force de réaction aux crises africaines. Des diplomates américains ont ainsi visité des capitales africaines et européennes et ont tenu des consultations approfondies avec des fonctionnaires des Nations Unis et de l’OUA (actuelle Union Africaine). De ces consultations est sortie l’idée de mettre sur pied un dispositif interopérable plus approprié que la création d’une force. Fort de cet avis, les Américains créent cette capacité interopérable de maintien de la paix autour de deux axes : la formation et la consultation. Au départ, les Etats-Unis travaillent sur une base bilatérale avec plusieurs partenaires africains afin d’accroître leur aptitude à assumer des tâches de maintien de la paix.

Plus précisément, les forces spéciales US entraînent des bataillons issus de plusieurs pays africains en utilisant la doctrine et les procédures communes conformément au chapitre VI de la Chartre des Nations Unis relative à la formation et l’équipement pour les opérations de maintien de la paix, ou sur le chapitre VII relatif aux opérations d’imposition de la paix. L’entraînement initial, qui fait appel à 70 instructeurs pour une durée de 70 jours, insiste sur le développement des aptitudes de base, l’aide aux réfugiés, l’intervention efficace auprès des organisations humanitaires et le respect des droits de l’homme.

Après cette formation, des équipes plus réduites retournent dans les pays hôtes environ tous les 6 mois pour dispenser une formation de soutien et participer à des exercices de poste de commandement.

En conclusion, l’ACRI est un programme de formation. Il ne s’agit pas d’une tentative d’imposer une structure de commandement aux africains. Si l’ACRI est en mesure d’apporter une formation dans un cadre bilatéral et si cette Initiative peut concourir avec ces partenaires africains à la réalisation d’exercices d’entraînement régionaux, il apparaît clairement pour les américains que ceux sont les africains eux-mêmes qui doivent définir les structures de commandement qui leur conviennent. C’est à eux de décider quand et comment ils doivent déployer leurs troupes de maintien de la paix.

 

 

L’implication américaine en Afrique à travers l’ACRI, le RECAMP européen, mais réellement piloter par la France révèle un nouvel élément dans le maintien de la paix en Afrique depuis une dizaine d’année. Les pays ayant un intérêt particulier sur le continent africain s’associent avec certains pays de la zone  pour mettre sur pied diverses formes de coopération militaire. Cela s’explique par le déclin des Nations Unis sur le théâtre africain et de leur rôle. Toutes ces formes de coopération militaire ont déjà engendré une certaine confusion et la renaissance de l’unilatéralisme militaire (chacun pour soi) ne fait que renforcer cette tendance. Ainsi en matière de renforcement et du maintien de la paix, il y a une « légère » opposition sur le continent africain entre une vision anglophone et une vision francophone. La question est de savoir si ces différentes initiatives de coopérations militaires parviennent à réussir leur mission contenue dans le chapitre VI et VII de la Chartre des Nations Unis.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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