Plusieurs quartiers suburbains de France ont connu des émeutes. Acteurs de ces faits ? Une certaine jeunesse, souvent issus de l’immigration subsaharienne et de l’Afrique du nord. Quels sont les faits ?
Le décès de trois Français en Seine-Saint-Denis, le département sensible de la banlieue nord de Paris: deux adolescents de Clichy-sous-Bois électrocutés dans un transformateur EDF le 27 octobre et un père de famille battu à mort en pleine rue à Epinay-sur-Seine, survenu à la même date. Puis six nuits d'affrontements entre jeunes et forces de l'ordre, suivis de dizaines de déprédations et d'arrestations. Et, depuis le lundi 31 au soir, une vague de violence qui ne concerne plus que Clichy mais a gagné d'autres cités: Sevran, Neuilly-sur-Marne, Bondy, Aulnay-sous-Bois ou Montfermeil ainsi que certaines villes de province : Lyon, Carpentras…
Quelle est la réalité sociale de ces zones de non droit depuis le 27 octobre 2005 ?
Comme on le sait aussi aujourd’hui, à l’ère postindustrielle, la notion de banlieue perd ces caractéristiques ouvrières, industrielles et "rouges" pour désigner plutôt une série de lieux d’habitation qui ne constituent pas des villes et/ou des cités isolées et des ghettos. La banlieue devient synonyme de problème social et le principal acteur de la question des banlieues ouvrières n’est plus le prolétariat mais plutôt l’exclu.
Les brutalités, les dégradations, les transgressions paraissent ne jamais devoir s'arrêter. Tous ces actes de violence restent "incompréhensibles". Les équipements collectifs sont saccagés, les locaux mêmes que l'on a mis à disposition des jeunes sont détruits. La violence est gratuite et seul la rage et le plaisir en sont la seule légitimité. L’imprévisibilité et la gratuité apparente des actes violents, le développement de la délinquance et des trafics font craindre pour la sécurité des corps et des biens. Un sentiment général d'insécurité émerge. Il désigne la remise en cause des liens sociaux, la diminution de la cohésion nationale qui se matérialise par le rejet de la France et le rattachement au pays d’origine. Souvent originaire d’Afrique, ils vivent et ont grandi en France. Quelle image les enfants issus de l’immigration gardent-t-ils du continent africain ? Face aux clichés et aux stéréotypes véhiculés par les médias occidentaux, ils ont dû se construire leur propre identité culturelle et entretiennent « du pays » chacun leur propre image. Africains par procuration, les enfants de l’immigration, ne connaissent bien souvent leur pays d’origine que par le prisme déformant des médias, l’éducation parentale et les quelques voyages au « bled » qu’ils ont pu faire pendant leur jeunesse.
Quelle représenation ont-ils de l'appartenance au groupe ? Ne sont-ils pas "africain" par défaut dans la mesure ou les valeurs africaines ne sont plus les leurs ? Comment se considèrent-ils aujourd’hui ? Quelle est leur vision de l’Afrique ? Peut-on véritablement parler de double culture ? Si beaucoup développent une solide conscience africaine, chacun se concocte sa propre cuisine identitaire. Et c’est bien là le problème. La construction identitaire se fait au détriment de la France. Il y à une volonté de se présenter comme « d’origine africaine » alors que ces mêmes population ne connaissent pas leur pays d’origine. C’est un retour symbolique au pays qui masque l’incapacité de s’intégrer dans la République. L’objection communément formulée est la suivante : la France les rejette alors il se crée un repli communautaire chez ces populations. Nous pensons que ce repli communautaire est factice. En effet, le repli communautaire ne peut être possible que si il y a construction d’un pôle économique, culturel et politique. Hors les populations françaises issues de l'Afrique subsaharienne ou d'origine maghrébine ont-elle une conscience politique qui se traduirait par un vote identifiable ? Poser le fait communautaire, c’est déjà reconnaître une capacité d’identification politique qui part d’une élite porteuse d’un objectif vers une population clairement identifiée. Nous sommes loin de tous cela dans les banlieues françaises.
Pour notre part, nous comptons analyser le modèle français de citoyenneté, mettre en exergue ses aspects fondamentaux, mais aussi apporter une analyse réaliste qui contraste avec les grands discours pseudo humanistes.
La violence révolutionnaire sacrificielle dans laquelle elle prend sa source, confère à la citoyenneté française un caractère sacré, en faisant table rase de l’ancien régime par la destruction de la bastille. La citoyenneté français a suite à cela un caractère unitaire, où le corps social neuf et affranchi s’affirme dans une totalité qui n’a besoin « ni de maître ni de dieu ».
Le nouvel ordre qui s’établit est celui qui rompt avec les privilèges et autres distinctions de l’ancien régime, pour inscrire la totalité dans un tout unitaire et égalitaire, inspirée par la pensée décisive de Rousseau.
Lorsque nous évoquons l’influence de Rousseau dans l’approche française de la citoyenneté, nous pensons à sa théorie du contrat social, à travers laquelle nous pouvons retenir la formule suivante : « la souveraineté est une et indivisible, imprescriptible et inaliénable ».
Il faut retenir que, l’auteur du contrat social n’a eu à l’esprit que l’idée de défendre l’autorité et le pouvoir de la loi, loi faite pour garantir la liberté et l’égalité. Dès lors, en tant qu’il est citoyen, les droits de l’individu sont pleinement reconnus, car le contrat dans lequel s’inscrit l’ordre social, implique l’unité, qui n’est que l’aspect collectif de l’égalité juridique.
On essaie par cela de lutter contre toute velléité de fédéralisme en endiguant les soupçons de séparatisme. Ce pourquoi, la république ne reconnaissant que l’intégration va reposer sur l’acceptation de la loi civile. Car la qualité de citoyen va reposer sur le principe d’égalité de tous devant la loi, ce qui donne à la foi démocratique toute son efficacité avec un peuple et un intérêt public seul source de la souveraineté.
Cependant, si certaines pratiques ont été exorcisées, l’on pourrait émettre des réserves sur l’application concrète de certains principes dans la société. L’intérêt de notre réflexion porte sur l’évolution de la société française dans sa configuration sociologique actuelle.
Aujourd’hui, lorsque l’on observe de près cette société, l’on constate qu’elle se manifeste par un « multiculturalisme », à savoir une France riche de sa diversité, et de l’apport de personnes d’origines diverses. C’est cette France « métisse » et multiséculaire qui caractérise l’avenir de cet ensemble.
En effet, le français aujourd’hui ne peut être perçu par un prototype, mais il est celui qui, membre d’une société appartient à ce grand corps, quelles que soient ses origines proches ou lointaines. Dans cette vision, doivent se reconnaître dans ce vaste creuset un Dupont, un Coulibaly, un Ben saakar, ou un Poniatowski.
Sur ce plan, les gouvernements de gauche et de droite ont tenté de s’intéresser à la question des banlieues françaises depuis plus de trente ans sans que des solutions adéquates ne soient trouvées. En effet, en 1983 avec l’architecte Roland Castro, un plan de rénovation du tissu urbain va se transformer tour à tour en plan de rénovation des cités, commissions pour le développement social des quartiers, puis comité interministériel pour les villes. Mais les événements de Vaux en vélin de 1990 occasionneront le premier plan d’urgence en faveur des banlieues afin de redonner à ses habitants le goût d’y vivre. Comme candidat aux élections présidentielles de 1995, Monsieur Jacques Chirac promet un plan Marshall des banlieues.
Sans minimiser les autres moyens d’ascension sociale, l’école laïque conduisant aux formations post-bac semble à nos yeux une des voies les moins périlleuses. Car les formations au rabais ont montré leurs limites, en accentuant les situations de précarité. C’est pourquoi, vouloir repérer très tôt les élèves en difficulté et leur proposer une formation dès l’âge de quatorze ans n’est pas judicieux, car bon nombre de jeunes issus de ces formations viendront gonfler à n’en point douter le lot des désœuvrés, qui seront plus tard épinglés par les trafics de tout genre.
Afin d’éviter la sinistrose, il faudrait que s’instaure un vrai dialogue social, dialogue au cours duquel les vocables racisme, exclusion, discrimination, reconstruction identitaire autour de la nation française, immigration choisie, éducation des nouveaux immigrés, parcours « citoyen » pour acquérir la nationalité française à 18 ans… ne doivent pas être bannis ; n’ayons surtout pas peur des mots qui sont à la base des maux de la société française, ayant le courage d’aborder les questions les unes après les autres sans être évasifs.
Car, en voulant créer une société une et indivisible, n a- t-on pas sans le vouloir réussi à nier l’expression des identités qui la composent, au lieu de reconnaître toutes les caractéristiques de la société française.
Cela aurait permis à chaque communauté de venir exprimer ses doléances par des représentants mandatés par eux et connaissant mieux leurs aspirations…..
L’avenir de cette société passe par un dialogue ouvert sur toutes ces questions avec l’ensemble de ses composantes.
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