Mardi 11 avril 2006

Un accord a été conclu le 11 juin 2005 entre les ministres des finances des pays riches. Cet accord porte sur l’effacement de 40 milliards de dollars de dette contractée par 18 pays pauvres auprès du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. D’abord réticents, les Etats-Unis ont accepté cette annulation. Pourtant, ils ont toujours été opposés et cela pour plusieurs raisons : d’abord, après avoir effacé une dette, qui s’aventurera à nouveau pour prêter de l’argent à ces pays ; ensuite, on le sait très bien, une très grande partie de cet argent sert à remplir les poches des dictateurs, des politiciens et des hauts fonctionnaires car il y a peu de contrôle après l’accord du prêt.

Mais les Américains ne se contentent pas de critiquer. Ils ont lancé un nouveau programme intitulé le « Millenium Challenge Account ». Basé sur des accords bilatéraux, le MCA s’adresse seulement aux gouvernements « honnêtes » des pays pauvres qui ont engagé des réformes économiques. Pour obtenir l’aide, les pays demandeurs doivent répondre à 16 critères parmi lesquels : l’intégrité des gouvernants (c’est-à-dire être bien situé dans le classement annuel de la corruption fait par Transparency International), le respect des libertés civiles, les dépenses de santé et d’éducation ou bien le temps nécessaire pour créer une entreprise. En plus, les gouvernements de ces pays sont obligés de présenter un plan détaillé de l’utilisation de l’argent avec un engagement précis et des objectifs mesurables. Tous ces indicateurs ont été mis au point par un groupe d’économistes de la Banque mondiale pour lesquels l’aide au développement ne saurait être utile que si elle est accompagnée de réformes économiques. Le MCA a été conçu en 2002 mais le premier programme d’aide n’a été lancé qu’en avril dernier.

Dans l’ensemble, les pays de l’OCDE ont envoyé des aides à chacune des vingt plus terribles dictatures. Ensemble, leurs dirigeants se sont vus attribuer plus de 55 milliards de dollars en aide au développement. Les USA ont aidé 19 pays sur les 20 plus terribles dictatures de la planète recensée par des organisations non gouvernementales (Freedom House, Amnesty International, Human Rights Watch and Reporters Sans Frontière). Au total, la contribution américaine est de plus de 7 milliards de dollars. En ce qui concerne la Corée du Nord, la Biélorussie, l’Ethiopie, le Swaziland, le Turkménistan et l’Ouzbékistan, les USA ont apporté plus de 20% du total de l’aide que ces pays ont reçu de l’OCDE.

Les aides gouvernementales n’ont pourtant pas réussi à favoriser la croissance économique dans le Tiers-Monde. De 1970 à 2000, plus de 400 milliards de dollars ont été déversés dans les pays les plus pauvres d’Afrique sans que ceux-ci enregistrent de progrès notables. Non seulement les aides n’ont pas réussi à favoriser le développement, mais en plus, dans de nombreux cas, elles ont soutenu des régimes particulièrement oppressifs.

 

La première règle de la politique d’aide au développement devrait être : « ne causez aucun tort ». Malheureusement, les USA et l’OCDE ont échoué dans le soutien au développement et causé activement du tort en aidant des régimes tyranniques. Les aides au développement ont aussi tendance à miner la liberté économique en politisant la vie économique dans les pays bénéficiaires et en maintenant au pouvoir des régimes inefficaces.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Mardi 11 avril 2006

Nous nous faisons l'écho d'une note produit par l'IEM (Institut Economique Molinari) sur l'incidence du protectionnisme de l'Union européenne sur le développement en Afrique. Cette note est consultable sur le site http://www.institutmolinari.org/editos/20050719.htm. Elle date de juillet 2005 et fut écrite par Xavier Méra.

Le Sommet du Groupe des Huit pays les plus industrialisés du monde (G8), le Royaume-Uni, la Russie, l'Allemagne, le Japon, l'Italie, le Canada, la France et les États-Unis, s’est tenu à Gleneagles en Écosse, du 6 au 8 juillet 2005. Puisqu'il y était question du sort de l'Afrique, le moment était particulièrement opportun pour s'interroger sur l'impact des politiques de ces États sur le développement africain ou plutôt, sur l'absence remarquée de développement africain. Si le revenu quotidien moyen sur le continent noir est au-dessous d'un dollar américain, comme l'a affirmé Jack Lang dans Le Monde du 1 er juillet, les gouvernements représentés au G8 ont-ils une responsabilité dans cet état de fait? La remise en question de leurs politiques vis-à-vis de l'Afrique peut-elle changer quelque chose?

Il ne fait aucun doute que les spécialistes de la communication "altermondialiste" répondront par l'affirmative. Les pays du Nord entretiendraient une relation d'exploitation avec ceux du Sud par le truchement d'un libre-échange mondialisé. Cette mise en cause de la mondialisation est devenue de rigueur au point que peu de commentateurs s'aventurent à examiner son bien-fondé, qu'il s'agisse du caractère destructeur ou de l'existence même du phénomène de mondialisation. Il n'est plus question que de maîtriser cette mondialisation, la pertinence du constat étant au moins implicitement concédée. Si les gouvernements des pays industrialisés ont bien une responsabilité dans le désastre africain, les raisons avancées et les solutions anti-libérales qui en découlent sont fondamentalement erronées.

Premièrement, on ne peut pas dire que l'Afrique soit intégrée dans un processus de mondialisation des échanges, quelle que soit l'étendue du phénomène ailleurs. Comme Jack Lang le rappelle, la part du commerce mondial de l'Afrique est aujourd'hui de 2%. Comment un continent si grand et si peuplé pourrait-il avoir une part aussi faible dans un univers de libre-échange? Ensuite, il faut bien comprendre ce que signifie "libre-échange". Il y a libre-échange entre des pays lorsque les résidents de chaque zone peuvent commercer librement avec les autres, sans que les frontières politiques qui les séparent ne constituent des obstacles. Les droits de douane et les réglementations conditionnant l'entrée de produits à certains standards sont des obstacles. Plus ils sont élevés, plus il y en a, moins on peut parler de libre-échange. Or, il devrait être clair que l'attitude des gouvernements américain et européens en particulier, est très protectionniste vis-à-vis de l'Afrique.

Ce constat peut paraître à première vue exagéré quand on sait que les droits de douane de l'Union européenne s'élèvent en moyenne à 5%, d'après l'association Oxfam. Cependant, cette moyenne est peu significative. Ce qui compte pour estimer le caractère plus ou moins protectionniste de la politique de l'Union européenne envers l'Afrique, ce sont les droits de douane et les autres restrictions auxquels sont soumises les importations de produits pour lesquels les Africains ont un avantage comparatif, à savoir les produits agricoles essentiellement, et aussi les produits textiles. Les tarifs douaniers de l'Union européenne sur les produits agricoles sont de 20% en moyenne(1) et s'élèvent jusqu'à 250% pour certains d'entre eux. C'est ainsi que la Politique Agricole Commune a instauré la "préférence communautaire", autrement dit le protectionnisme.

Alors que tout le monde s'accorde à dire qu'un embargo appauvrit les habitants du pays qui en est victime, les conséquences désastreuses du protectionnisme sur le pays contre lequel on se "protège" demeurent mal appréhendées. Elles sont pourtant les mêmes puisque ces dénominations différentes recouvrent en fait la même réalité. De chaque côté des frontières, les gens sont privés des gains de la division internationale du travail. Les Africains se voient empêchés de profiter de leur supériorité relative dans le domaine agricole. De plus, cette distorsion est renforcée par les subventions accordées dans le cadre de la P.A.C. aux agriculteurs européens, leur permettant de vendre leurs surplus en dehors de l'Europe. Non seulement on prive les Africains de l'accès au marché européen mais en plus on fait baisser les prix de leurs produits par l'afflux de produits européens qui n'auraient pas été rentables autrement. Le développement de l'Afrique requiert le démantèlement de ces dispositifs protectionnistes, aussi rapidement que possible.

 

(1) Europe’s Double Standards: How the EU Should Reform its Trade Policies with the Developing World, Oxfam Briefing Paper 22, April 2002.

par d'après une note de X. Méra. publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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