Mardi 16 janvier 2007

La politique de l'immigration choisie met en place les conditions nécessaires pour passer d’une immigration subie à une immigration choisie. Concrètement, cela signifie de lutter plus efficacement contre l’immigration illégale, de mieux encadrer l’immigration légale et de permettre aux migrants de réussir leur intégration au sein de la société française.


Renforcer la lutte contre l’immigration illégale :

• en mettant fin aux régularisations automatiques
Un étranger présent illégalement sur le territoire français depuis dix ans n’aura plus droit automatiquement à un titre de séjour comme c’est le cas actuellement. La décision de régulariser un étranger en situation irrégulière, pour des raisons humanitaires, sera prise au cas par cas par les préfets.

• en luttant contre le travail des étrangers en situation irrégulière
Les étrangers qui travaillent illégalement en France ont vocation à être renvoyés dans leur pays d’origine.
Un décret en cours d’élaboration contraint les employeurs à payer les frais de retours de leurs employés en situation irrégulière. Une peine d’interdiction d’exercer une activité professionnelle en France pourra être prononcée, en outre, à l’encontre des employeurs étrangers de travailleurs clandestins.


Mettre fin au détournement des procédures d’immigration légale

• Lutter contre les mariages de complaisance
Le mariage d’une personne étrangère en situation illégale avec un(e) Français(e) n’impliquera la reconnaissance automatique du droit au séjour. La personne devra attendre trois ans de vie commune (contre 2 actuellement) et démontrer qu’elle a respecté le contrat d’accueil et d’intégration.
Pour obtenir une carte de séjour temporaire, les conjoints de Français devront justifier d’un visa long séjour de plus de trois mois.

• Mieux encadrer le regroupement familial
Tout étranger qui demandera à être rejoint par sa famille devra prouver qu’il peut la faire vivre à partir des revenus de son travail, hors prestations sociales. Le délai de présence sur le sol français obligatoire pour déposer une demande de regroupement familial passe en outre de 12 à 18 mois. Enfin, le maire de la commune devra attester de l’intégration du demandeur, en particulier de son respect des principes républicains et de sa maîtrise de la langue française.

• Renforcer l’application des décisions administratives
L'administration pourra désormais assortir sa décision de refus ou de retrait d'un titre de séjour d'une "obligation à quitter le territoire français".
La personne disposera de quinze jours, et non plus d’un mois, à compter de la notification de la décision de l'administration, pour déposer un recours, suspensif, devant le tribunal administratif.


Encourager une immigration professionnelle et étudiante de qualité

• Par la mise en place d’un système d’immigration à points
Chaque année, le gouvernement indiquera dans un rapport au Parlement les objectifs quantitatifs prévisionnels de visas et de titres de séjour pour les trois années à venir en fonction des capacités d’accueil de la France en matière d’emploi, de logement, d’éducation nationale.
Ces objectifs chiffrés porteront sur les grandes catégories de visas et de titres de séjour: famille, travail, étudiant, politique.

• par un meilleur ciblage des travailleurs étrangers en fonction des besoins de l’économie française

Trois nouvelles dispositions sont prévues :
1. Pour les travailleurs saisonniers, un titre de séjour triennal renouvelable est créé. Il leur donne la garantie, avant de rentrer dans leur pays, de pouvoir revenir en France l’année suivante.
2. En ce qui concerne les talents étrangers, une carte de séjour d’une durée de trois ans renouvelable sera proposée aux migrants hautement qualifiés (scientifiques, informaticiens, intellectuels, artistes), susceptibles de participer « de façon significative et durable au développement de l’économie française ou du pays dont il a la nationalité ».
3. Enfin, dans certains secteurs d'activité et dans certaines régions il sera possible de surseoir à la règle qui stipule qu’une entreprise ne peut recruter un étranger que si la compétence est introuvable sur le territoire national. C’est le cas par exemple dans les secteurs de la "mécanique, maintenance industrielle, froid, hôtellerie-restauration, des travaux publics, infirmières".


• Par une meilleure attraction des étudiants les plus qualifiés
Les étudiants accueillis seront admis en fonction de plusieurs critères : nationalité, niveau d’études, filière... La priorité sera donnée à un étudiant qui choisira une voie universitaire pour laquelle on manque d’étudiants.
Les étudiants bénéficieront d’une carte de séjour d’un an (prolongeable jusqu’à 4 ans pour préparer un master) ; un titre de séjour complémentaire de 6 mois sera accordé à ceux qui souhaitent compléter leur formation par un premier emploi dans notre pays.
Une carte spéciale de séjour sera délivrée aux meilleurs étudiants en contrepartie de l’obligation de retourner dans leur pays d’origine afin qu’ils rendent à celui-ci une partie du bénéfice de leur formation et ne le prive pas de ses élites".


Mettre en place les conditions d’une intégration réussie


• Par une meilleure prévision des flux, permettant d’ajuster l’offre de logement et de travail à la demande.

• par la généralisation du contrat d’accueil et d’intégration :
Ce contrat définit plusieurs engagements de l’Etat à l’égard du migrant : obligation de lui apprendre le français, de l’orienter dans ses démarches pour chercher un emploi, de le protéger contre les discriminations.
En retour, le migrant devra s’engager à apprendre obligatoirement notre langue, et à respecter nos lois ; une attention particulière sera portée au respect des droits de la femme.
Les préfets et les maires auront la charge de vérifier si le contrat d’accueil et d’intégration a été respecté avant de délivrer une carte de résident de 10 ans.

par Amispheresud publié dans : civis
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Lundi 15 janvier 2007

Tout commence avec la loi du 2 juillet 1964 relative aux droits civils. Le titre VII prescrit l'établissement de traitements différentiés à l'embauche et lors de l'évolution de la carrière fondés sur la race, de la couleur (ce qui doit être distingué, donc, de la race), le sexe, l'origine religieuse ou nationale. Ce sont dans les sanctions que l'on voit intervenir l'emploi du terme affirmative action. En effet, il est fait devoir au juge qui constate une telle discrimination de prendre toute "affrimative action" appropriée pour y remédier. Il s'agit en l'occurrence d'ordonner la réintégration ou le recrutement de la victime de la discrimination. Dès l'origine donc, l'affirmative action se présente comme une mesure de réparation, ou de remède à une situation défavorable. Mais elle a également pour fin d'éviter que la situation ne se reproduise ; d'où une série de pouvoirs conférés au juge.

L'executive order du 25 septembre 1965 prévoit des mesures analogues dans le cadre des contrats passés avec l'Etat. Les entreprises qui y prétendent doivent assurer une politique de recrutement aveugle aux critères sus-évoqués. La sanction de l'absence d'une telle politique réside dans la possibilité pour l'adminsitration fédérale de mettre fin aux dits contrats. L'importance de ce texte est qu'il fait reposer la mise en oeuvre des politiques anti-discriminatoires sur la volonté des acteurs privés.

L'évolution du principe posé par les textes de 1964 et 1965 intervient de deux manières : d'une part, l'administration s'avise que l'égalité des chances ne peut résider seulement dans l'abstraction de proclamations. L'idée est que si l'individu doit franchir des obstacles pour accéder aux biens et honneurs promis par le modèle américain, encore faut-il que la compétition soit raisonnablement loyale (fair). Aussi bien l'égal accès à l'éducation et à l'emploi sont-ils une condition de la compétition individuelle qu'il convient d'assurer. C'est pourquoi, d'autre part, il est nécessaire d'assurer la déségrégation scolaire.

C'est la l'oeuvre de la cour suprême dans un arrêt Green V.New Kent county scholl board (1968). L'idée qui préside à la décision est que le seul jeu des forces sociales ou des mentalités ne permettra pas d'assurer la déségrégation entre populations noires et blanches. Il incombe aux autorités, donc, de garantir la déségrégation. Celle-ci ne constitue pas seulement une condition, mais un objectif à atteindre. C'est pourquoi pèsent sur les autorités une obligation positive. Cette obligation positive peut se résoudre dans la prise en compte du critère racial pour établir des mesures de déségrégation.

Dans l'arrêt, Griggs V. Duke power (1971) , la Cour suprême franchit une nouvelle étape. L'application de la législation anti-discriminatoire ne doit plus résulter de l'intention discriminatoire, mais doit prévenir les discriminations structurelles. En d'autres termes, la satisfaction aux exigences de non discrimination ne réside pas dans la garantie d'une procédure colour blind (aveugle à la couleur), mais dans l'obtension d'un résultat objectivement mesurable en termes de non discrimination. Il s'agit pour ce faire de se référer à des indicateurs chiffrés de parité statistique. Naturellement, une telle position n'est pas exempte d'ambiguïtés qui alimentent les fantasmes français (le problème des quotas).

Toujours est-il que les principes de l'affirmative action sont en place qui vont intervenir dans deux domaines principaux : les politiques préférentielles dans les entreprises, et les politiques d'intégration prioritaire dans les administrations et les universités. Il convient à cet égard de noter que les politiques dont il est question ici représentent une multiplicité de procédures dont il convient d'évaluer l'effet. En aucune manière la législation américaine n'impose-t-elle avec précision les conditions de recrutement dans une entreprise (une administration) ou d'admission au sein d'une université. C'est donc à l'occasion de la contestation des mesures mises en place de façon autonome et volontaires par les différentes institutions que se dessine le contour de ce qu'on appelle de façon générale l'affirmative action.

par Amispheresud publié dans : civis
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Lundi 15 janvier 2007

Longtemps on a buté sur la traduction. Comment dit-on, en français, affirmative action ? Facilement traduisibles séparément, les deux mots inversés et mis bout à bout restaient obstinément vides de sens. Alors, longtemps, les observateurs de la scène américaine se sont contentés d'écrire "affirmative action" et d'assortir l'expression anglaise d'explications alambiquées.

C'était, après tout, un concept très éloigné de nos pratiques républicaines, mis en œuvre à partir de la fin des années 1960 aux Etats-Unis sous l'impulsion de la "Great Society" chère à Lyndon Johnson : favoriser, par une politique préférentielle volontariste, l'accès à l'emploi et à l'enseignement supérieur de certaines catégories de population victimes de discrimination, c'est-à-dire les femmes et les minorités ethniques (noires, hispaniques, etc.).

Et puis la traduction "discrimination positive" est apparue. Est-ce un hasard si, finalement, et sans doute inconsciemment, les Français ont adopté l'expression "discrimination positive" plutôt qu'action affirmative"? Non.

Parce que "discrimination positive" a une connotation négative. Dans "discrimination positive", il y a "positive", mais il y a d'abord "discrimination".

Choisir cette traduction, c'était déjà porter un jugement sur le concept. Pour les Américains, le concept était positif, et les mots choisis le prouvaient. Pour les Français, il était négatif, d'emblée. Qui dit "discrimination", positive ou négative, dit contraire à l'égalité.

Mais voilà que le débat surgit, biaisé par les mots, mais forcé par la réalité.

L'intégration ne s'est pas réalisée. Les inégalités se sont creusées. En France, les enfants issus de l'Afrique subsaharienne sont quatre fois plus au chômage que les enfants de Français. La part des jeunes d'origine étrangère dans les grandes écoles est passée de 21 % dans la première moitié des années 1950 à 7 % aujourd'hui, selon un rapport de Michel Euriat et Claude Thélot. Cette discrimination-là est très, très négative. Les frustrations qu'elle engendre dans les "quartiers" aggravent la "fracture sociale" et nourrissent les extrémismes.

De toute évidence, l'intégration ne se fait pas spontanément. Le moment n'est-il donc pas venu de dire qu'un coup de pouce est nécessaire ?

Le 22 novembre 2004, en pleine tempête sur le foulard, le ministre de l'intérieur lance un pavé dans la mare. "Reconnaissons les échecs de l'intégration à la française, déclare Nicolas Sarkozy sur France 2. Je crois en la discrimination positive : il est des territoires qui ont tellement plus de handicaps que, si on ne leur donne pas plus qu'aux autres, ils ne pourront pas s'en sortir." C'est exactement le principe sur lequel est fondée la petite expérience lancée en 2001 à Sciences-Po et qui, dans son extraordinaire audace, a permis en 2003 l'admission en première année de 37 étudiants originaires de ZEP (zones d'éducation prioritaire), ces fameux " territoires qui ont des handicaps". Contestée devant les tribunaux, cette initiative en est sortie modifiée dans la forme, mais confirmée dans son principe. Elle est considérée comme une réussite.

En quelques jours, la position de M. Sarkozy sur la discrimination positive est désavouée par le plus grand nombre. Est invoqué "le principe de l'égalité devant la loi".

Quelle égalité ? Celle, sans doute, qu'affirme la Constitution de 1958. Mais, M. Chirac en convient, cette égalité de principe ne s'est pas traduite dans les faits. Il y a même eu, a-t-il dit il y à quelques années, "un recul", y compris dans les échelons élevés de la société. "Faut-il parler de discrimination ? Oui, mais elle est négative et elle n'a pas été volontaire (là, il se trompe !!), note le président. Il y a une espèce de système qui, tout naturellement, s'auto-protège, s'auto-alimente, s'auto-nomme. Et donc, il y a là quelque chose contre quoi il faut réagir."

C'est à peu près le constat que faisaient les responsables américains à la fin des années 1960. C'est le constat que peuvent faire tous les Français, aujourd'hui, s'ils se donnent la peine de regarder autour d'eux au sommet des administrations, des partis politiques, des universités, des grandes entreprises, de la presse écrite et des chaînes de télévision : les élites françaises sont essentiellement masculines, uniformément blanches, désespérément fermées. Faut-il donc préférer de facto une discrimination négative à une discrimination positive, mais contraire au "principe de l'égalité"? Faut-il indéfiniment accepter qu'au nom de l'égalité se perpétuent les inégalités ?

 Peut-être est-il temps de se pencher attentivement sur les expériences d'"action positive" menées à l'étranger, de voir à quel point ce débat a évolué depuis près de quarante ans, d'en laisser de côté les aspects les plus brutaux et les plus impopulaires et d'en adapter la dynamique, celle de mesures préférentielles visant à compenser des discriminations, à nos réalités. Cette même dynamique qui a favorisé l'émergence d'une classe moyenne noire aux Etats-Unis et fait dire en 1996 à un certain Colin Powell, fils d'immigrés jamaïcains, que, sans l'affirmative action, il ne serait jamais devenu général.

par Amispheresud publié dans : civis
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Lundi 11 décembre 2006

La droite, ce n’est pas le pendant symétrique de la gauche. C’est ce qui reste à la liberté quand la gauche intellectuelle a tout régenté !

Rien de plus incommode pour un écrivain français que d’être présumé “de droite”. Un ordre moral plus ou moins implicite vous expédie illico dans des enfers peuplés de beaufs racistes, de magnats véreux, d’adjudants au front bas et de bigotes en délicatesse avec leur libido. Autant de clichés par quoi la gauche vous néantise sans préavis. Car en France c’est la gauche exclusivement qui décrète le bien, le vrai, le beau, le juste. À gauche la liberté, la justice, la créativité ; à droite la rétention, l’égoïsme, le conformisme. Une conscience morale se porte à gauche, un intellectuel est de gauche par définition. En conséquence c’est la gauche qui distingue la droite “respectable” (sic) de l’ivraie “réac” ou “facho”, selon les critères d’une démonologie assez comparable aux frénésies de l’Inquisition. Il n’en faut pas beaucoup, à l’aune des modernes Torquemada, pour être réputé “réac” : le moindre trait d’ironie sur un article du credo “progressiste” et vous voilà l’objet d’un discrédit tenace. Le mépris n’est pas loin. Pour tout dire, en tant qu’écrivain “de droite”, j’ai souvent l’impression d’être condamné à une sorte d’exil intérieur. C’est pénible à la longue.
Grâce au ciel, mon naturel ne me porte pas au ressentiment ; sinon ma plume viderait du fiel et je serais perdu pour l’humour, la poésie, l’ambiguïté, l’émerveillement – tout le matériau de mon destin de gâcheur d’encre. De beaux esprits ont mal tourné pour avoir été marginalisés par la cléricature ambiante, tant il est vrai que la rancœur est mauvaise conseillère. J’écris sur ce sujet – la droite – avec l’espoir sans doute vain de jeter un pont vers l’autre rive, celle des consciences de gauche. Non pour les racoler. Même pas pour les convaincre. Juste pour essayer de les guérir de leur mépris. En vérité, il ne m’affecte que par ricochets : je suis, sur la rive gauche de la Seine, un “bon réac”, comme il y avait un “bon juif” pour chaque antisémite avant la guerre. On me tolère. On me consent à l’occasion l’aumône d’un strapontin dans les débats conçus et orchestrés par les gardiens médiatiques du dogme. Tout de même on m’aborde avec des pincettes, et si l’on daigne me considérer comme un ami, c’est avec le frisson érotique de la transgression. Un ami “réac”, quelle audace ! Quelle preuve d’ouverture d’esprit ! Surtout, quels délices vénéneux ! Le bourgeois voltairien éprouvait le même titillement au creux de l’échine, sous Jules Ferry, en allant au bordel.
On connaît les raisons historiques de l’invalidation morale du mot “droite” : Pétain, la collaboration, des accointances supposées avec Hitler, Mussolini, Franco, Perón ou Salazar. Peu importe l’incongruité de ces identifications en cascade, elles règnent encore dans l’inconscient collectif, soixante ans après l’effondrement du IIIe Reich. Et quand on juge un Papon, il semble que ses agissements nous sont contemporains. Or ils ne le sont pas, et les nostalgiques de Vichy ou de l’OAS se font rares. Plus rares que ceux du “grand soir”. Je n’ai jamais rencontré en France un seul fasciste. En revanche, j’ai croisé par centaines des disciples de Lénine, Trotski, Staline, Mao, Sékou Touré ou Fidel Castro. Nul n’ignore pourtant, depuis Hannah Arendt, que les structures mentales d’un totalitaire marxiste ou nazi sont exactement les mêmes. D’ailleurs, dans “national-socialisme”, il y a “socialisme” et sous l’uniforme SS, la peau de Doriot ou de Déat n’avait pas changé de grain.
La pulsion idéologique relève d’une pathologie toujours identique, qu’elle se badigeonne en rouge ou en brun. Elle me fait toujours peur. Elle consiste à projeter des aspirations à l’absolu sur le champ politique, qui est un domaine de pures contingences. En d’autres termes elle nie le tragique en prescrivant des solutions au Mal. Ça finit toujours très mal. En tenant Hitler pour un monstre absolu, et Staline pour un monstre relatif, ou accidentel, l’intelligentsia parisienne escamote manifestement sa culpabilité. On veut bien ne plus lui faire grief d’avoir compagnonné longtemps avec la terreur stalinienne ; il serait décent que ses épigones s’abstiennent de donner des “leçons de droits de l’homme”. Sur ce chapitre qu’il faut clore, Aron avait raison et Sartre avait tort, point final.
Reste que le mot droite est affecté d’un coefficient moral négatif, à telle enseigne que l’on voue son extrême (Le Pen, etc.) aux gémonies, tandis que l’“extrême gauche” (terme générique) a droit de cité. Le Pen est une ordure ; Besancenot, un utopiste givré, mais sympa. En tout cas fréquentable. Pourtant, si un trotskiste trônait à l’Élysée, tous les bobos du quartier latin émigreraient à New York, nonobstant l’“impérialisme américain”. Nous serions nombreux à les y rejoindre, droite et gauche confondues.
Bref, il faut de l’entrain pour endosser sans déprime cette infirmité : être un homme de droite. Ce que je suis, sans complexe sinon sans ambiguïtés. Jamais encarté, jamais syndiqué. De droite quand même. Pas du tout xénophobe, ni antisémite, ni puritain, ni cousu d’or, ni stipendié par la CIA ou par Bruxelles. Rien ne m’a prédisposé à rouler à droite ; mon terroir est “rad-soc”, mon père a appartenu à l’A.S. (armée secrète) et mon meilleur ami est socialiste encarté depuis le congrès d’Épinay. Mes mœurs sont ordinaires, comme disait Mitterrand, mon catholicisme basique, mes gourmandises tous azimuts, mes penchants esthétiques si divers qu’ils ne laissent pas de me dérouter. Je n’ai d’aversion ni pour les Arabes, ni pour les homos, ni pour les francs-maçons et ce que les marxistes appellent la “conscience de classe” n’est pas mon fort. Non plus que cette manie de discriminer bons et mauvais en regard de leur positionnement sur l’échiquier partisan. Presque tous mes copains sont de gauche, génération oblige, et en tant qu’éditeur ou critique, je ne me suis jamais soucié du vote d’un auteur.
Pourtant je suis de droite. Pourquoi ? En quoi ? Tachons d’éclaircir ce mystère. D’abord il faut renoncer à la commodité d’une homothétie entre la droite et la gauche. En France, depuis les Lumières, peut-être depuis Descartes, peut-être depuis les guerres de religion, le credo dominant est à gauche. Raison, progrès, émancipation de l’individu, foi en la science, etc. Toutes les plumes qui comptent entre Louis XIV et la Révolution sont admises peu ou prou dans le panthéon de la gauche, depuis Bayle jusqu’à Beaumarchais en passant par Marivaux, Laclos, D’Alembert, Diderot, Sade, Condorcet, Condillac, Voltaire et Rousseau. Elles ont donné le ton d’un “progressisme” que théorisa Hegel avec son “devenir”. En gros, l’humanité est en marche dialectique vers son salut, mais dans l’Histoire (majuscule), pas au royaume des cieux. Ce progressisme, cet optimisme, ce prophétisme ont pris mille visages, celui du scientisme trivial de M. Homais, du positivisme de Comte, de l’anticléricalisme du père Combes, du millénarisme révolutionnaire. Besancenot, Buffet ou Hollande l’invoquent encore, chacun dans sa chapelle, avec ses mythes fondateurs, ses patois et ses excommunications.

La droite ne lui oppose pas un dogme concurrent ; au fil des aléas elle se définit par une incroyance, une allergie, une méfiance : elle doute que le “devenir” conduise au meilleur des mondes socialisés. Ou bien elle répugne à y être encasernée. Être de droite est donc une posture de récusation, pour des raisons ponctuelles, tantôt métaphysiques, tantôt morales ou esthétiques. On ne croit pas à l’approche “de gauche” de la liberté, de la vérité, du bonheur, de ce que doit être une aventure humaine. On ne sait pas forcément théoriser cette incroyance et d’ailleurs on doute que la réalité soit toute rationalisable, qu’il s’agisse du social ou du psychologique. Mais on ne croit pas à un progrès linéaire et on ne veut pas vivre dans l’eden profane bricolé par les idéologues de gauche, préfiguré par les révolutions auxquelles ils se réfèrent, la nôtre en particulier : le clivage advient nommément sous la Constituante. La droite n’est pas le contraire de la gauche mais la folle de son régiment, le mouton noir de son troupeau, le cancre au fond de sa classe. Elle n’a aucune certitude opposable à la gauche, elle exprime juste un refus qui vient du cœur, ou des tripes, ou de l’âme.

Article parue dans VALEURS ACTUELLES du 1 décembre 2006 n°3653
par Nze Freddy /Reproduction Denis Tillinac publié dans : civis
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Samedi 9 décembre 2006

Si l'égalité des droits doit être acquise, les différences sociales marginalisent dans d'immenses ghettos les groupes ethniques pauvres. La France voit se développer dans un climat croissant de violence urbaine une juxtaposition de communautés ethniques pour lesquelles l’intégration n'opère plus. À la revendication d’un droit à l’indifférence succède désormais une rétraction défensive et communautariste qui menace la cohésion de la société française. Un mouvement comme celui de Dieudonné, loin de prôner l'intégration, milite pour une identité noire violemment teintée d'antisémitisme. Pour Amispheresud, ce n’est pas la solution et cela dessert la lutte contre les discriminations.

Le noir de France est un « hybride culturel », évoluant dans un contexte sociale ambivalent ; il s'accommode d’un monde différent tout en restant peu enclin à rompre avec son passé et ses traditions. Dans le même temps, il n’est guère accepté, en raison des préjugés. Devenu un « hybride culturel », sa différence lui est sans cesse rappelée par la couleur de sa peau.

Y a t-il encore du racisme à l’heure actuelle En France ? Malgré l’existence de la HALDE ou d’autres organismes de ce genre, il existe toujours du racisme. L’intolérance et le racisme continuent même à s’étendre envers les noirs. Et malgré les lois, il existe toujours des discriminations. Dans un contexte économique difficile, le niveau d’accès au Grande Ecole et autres 3eme Cycle des grandes universités françaises bloquent l’accession des français issus de l’immigration africaine à des postes à responsabilités. A cela s’ajoute le rejet qu’ils rencontrent sur le marché du travail, provoquant, donc un fort taux de chômage dans cette communauté. Donc plus de misère, plus d’exclusion sociale, plus de délinquance et d’insécurité dans leurs quartiers. Ce qui contribue à augmenter le racisme, dans un parfait cercle vicieux.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : civis
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