Mardi 11 avril 2006

Un accord a été conclu le 11 juin 2005 entre les ministres des finances des pays riches. Cet accord porte sur l’effacement de 40 milliards de dollars de dette contractée par 18 pays pauvres auprès du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement. D’abord réticents, les Etats-Unis ont accepté cette annulation. Pourtant, ils ont toujours été opposés et cela pour plusieurs raisons : d’abord, après avoir effacé une dette, qui s’aventurera à nouveau pour prêter de l’argent à ces pays ; ensuite, on le sait très bien, une très grande partie de cet argent sert à remplir les poches des dictateurs, des politiciens et des hauts fonctionnaires car il y a peu de contrôle après l’accord du prêt.

Mais les Américains ne se contentent pas de critiquer. Ils ont lancé un nouveau programme intitulé le « Millenium Challenge Account ». Basé sur des accords bilatéraux, le MCA s’adresse seulement aux gouvernements « honnêtes » des pays pauvres qui ont engagé des réformes économiques. Pour obtenir l’aide, les pays demandeurs doivent répondre à 16 critères parmi lesquels : l’intégrité des gouvernants (c’est-à-dire être bien situé dans le classement annuel de la corruption fait par Transparency International), le respect des libertés civiles, les dépenses de santé et d’éducation ou bien le temps nécessaire pour créer une entreprise. En plus, les gouvernements de ces pays sont obligés de présenter un plan détaillé de l’utilisation de l’argent avec un engagement précis et des objectifs mesurables. Tous ces indicateurs ont été mis au point par un groupe d’économistes de la Banque mondiale pour lesquels l’aide au développement ne saurait être utile que si elle est accompagnée de réformes économiques. Le MCA a été conçu en 2002 mais le premier programme d’aide n’a été lancé qu’en avril dernier.

Dans l’ensemble, les pays de l’OCDE ont envoyé des aides à chacune des vingt plus terribles dictatures. Ensemble, leurs dirigeants se sont vus attribuer plus de 55 milliards de dollars en aide au développement. Les USA ont aidé 19 pays sur les 20 plus terribles dictatures de la planète recensée par des organisations non gouvernementales (Freedom House, Amnesty International, Human Rights Watch and Reporters Sans Frontière). Au total, la contribution américaine est de plus de 7 milliards de dollars. En ce qui concerne la Corée du Nord, la Biélorussie, l’Ethiopie, le Swaziland, le Turkménistan et l’Ouzbékistan, les USA ont apporté plus de 20% du total de l’aide que ces pays ont reçu de l’OCDE.

Les aides gouvernementales n’ont pourtant pas réussi à favoriser la croissance économique dans le Tiers-Monde. De 1970 à 2000, plus de 400 milliards de dollars ont été déversés dans les pays les plus pauvres d’Afrique sans que ceux-ci enregistrent de progrès notables. Non seulement les aides n’ont pas réussi à favoriser le développement, mais en plus, dans de nombreux cas, elles ont soutenu des régimes particulièrement oppressifs.

 

La première règle de la politique d’aide au développement devrait être : « ne causez aucun tort ». Malheureusement, les USA et l’OCDE ont échoué dans le soutien au développement et causé activement du tort en aidant des régimes tyranniques. Les aides au développement ont aussi tendance à miner la liberté économique en politisant la vie économique dans les pays bénéficiaires et en maintenant au pouvoir des régimes inefficaces.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Mardi 11 avril 2006

Nous nous faisons l'écho d'une note produit par l'IEM (Institut Economique Molinari) sur l'incidence du protectionnisme de l'Union européenne sur le développement en Afrique. Cette note est consultable sur le site http://www.institutmolinari.org/editos/20050719.htm. Elle date de juillet 2005 et fut écrite par Xavier Méra.

Le Sommet du Groupe des Huit pays les plus industrialisés du monde (G8), le Royaume-Uni, la Russie, l'Allemagne, le Japon, l'Italie, le Canada, la France et les États-Unis, s’est tenu à Gleneagles en Écosse, du 6 au 8 juillet 2005. Puisqu'il y était question du sort de l'Afrique, le moment était particulièrement opportun pour s'interroger sur l'impact des politiques de ces États sur le développement africain ou plutôt, sur l'absence remarquée de développement africain. Si le revenu quotidien moyen sur le continent noir est au-dessous d'un dollar américain, comme l'a affirmé Jack Lang dans Le Monde du 1 er juillet, les gouvernements représentés au G8 ont-ils une responsabilité dans cet état de fait? La remise en question de leurs politiques vis-à-vis de l'Afrique peut-elle changer quelque chose?

Il ne fait aucun doute que les spécialistes de la communication "altermondialiste" répondront par l'affirmative. Les pays du Nord entretiendraient une relation d'exploitation avec ceux du Sud par le truchement d'un libre-échange mondialisé. Cette mise en cause de la mondialisation est devenue de rigueur au point que peu de commentateurs s'aventurent à examiner son bien-fondé, qu'il s'agisse du caractère destructeur ou de l'existence même du phénomène de mondialisation. Il n'est plus question que de maîtriser cette mondialisation, la pertinence du constat étant au moins implicitement concédée. Si les gouvernements des pays industrialisés ont bien une responsabilité dans le désastre africain, les raisons avancées et les solutions anti-libérales qui en découlent sont fondamentalement erronées.

Premièrement, on ne peut pas dire que l'Afrique soit intégrée dans un processus de mondialisation des échanges, quelle que soit l'étendue du phénomène ailleurs. Comme Jack Lang le rappelle, la part du commerce mondial de l'Afrique est aujourd'hui de 2%. Comment un continent si grand et si peuplé pourrait-il avoir une part aussi faible dans un univers de libre-échange? Ensuite, il faut bien comprendre ce que signifie "libre-échange". Il y a libre-échange entre des pays lorsque les résidents de chaque zone peuvent commercer librement avec les autres, sans que les frontières politiques qui les séparent ne constituent des obstacles. Les droits de douane et les réglementations conditionnant l'entrée de produits à certains standards sont des obstacles. Plus ils sont élevés, plus il y en a, moins on peut parler de libre-échange. Or, il devrait être clair que l'attitude des gouvernements américain et européens en particulier, est très protectionniste vis-à-vis de l'Afrique.

Ce constat peut paraître à première vue exagéré quand on sait que les droits de douane de l'Union européenne s'élèvent en moyenne à 5%, d'après l'association Oxfam. Cependant, cette moyenne est peu significative. Ce qui compte pour estimer le caractère plus ou moins protectionniste de la politique de l'Union européenne envers l'Afrique, ce sont les droits de douane et les autres restrictions auxquels sont soumises les importations de produits pour lesquels les Africains ont un avantage comparatif, à savoir les produits agricoles essentiellement, et aussi les produits textiles. Les tarifs douaniers de l'Union européenne sur les produits agricoles sont de 20% en moyenne(1) et s'élèvent jusqu'à 250% pour certains d'entre eux. C'est ainsi que la Politique Agricole Commune a instauré la "préférence communautaire", autrement dit le protectionnisme.

Alors que tout le monde s'accorde à dire qu'un embargo appauvrit les habitants du pays qui en est victime, les conséquences désastreuses du protectionnisme sur le pays contre lequel on se "protège" demeurent mal appréhendées. Elles sont pourtant les mêmes puisque ces dénominations différentes recouvrent en fait la même réalité. De chaque côté des frontières, les gens sont privés des gains de la division internationale du travail. Les Africains se voient empêchés de profiter de leur supériorité relative dans le domaine agricole. De plus, cette distorsion est renforcée par les subventions accordées dans le cadre de la P.A.C. aux agriculteurs européens, leur permettant de vendre leurs surplus en dehors de l'Europe. Non seulement on prive les Africains de l'accès au marché européen mais en plus on fait baisser les prix de leurs produits par l'afflux de produits européens qui n'auraient pas été rentables autrement. Le développement de l'Afrique requiert le démantèlement de ces dispositifs protectionnistes, aussi rapidement que possible.

 

(1) Europe’s Double Standards: How the EU Should Reform its Trade Policies with the Developing World, Oxfam Briefing Paper 22, April 2002.

par d'après une note de X. Méra. publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Vendredi 10 mars 2006

Ce qui vient spontanément à l'esprit lorsque l'on évoque les enjeux de sécurité reliés aux ressources minières, ce sont les enjeux géopolitques et géostratégiques reliés à l'accès et au contrôle, par les grandes puissances, de certains gisements de minéraux ou de métaux stratégiquement importants pour leur économie, mais aussi pour leur défense. Le continent africain, doté de richesses minières extrêment importantes, a , depuis la colonisation, été le théâtre de la rivalité des grandes puissances pour le contrôle de ces richesses. Cependant, si l'exploitation minière représente un enjeu sécuritaire pour les grandes puissances, certains évènements récents montrert qu'elle peut également constituer une menace sérieuse à la sécurité des populations ainsi qu'à la sécurité des pays africains eux-mêmes.

Depuis le début des années 80, le continent africain est soumis, par l'entremise des programmes d'ajustement struturels entrepris sous l'égide des institutions de Bretton Woods, à un processus de libéralisation économique extensif qui se poursuit toujours et ne semble pas vouloir s'arrêter. Ce processus de libéralisation économique fut accompagné d'un retrait programmé du rôle de l'Etat des fonctions redistributuves et de développement économique et d'une réorganisation de son intervention vers la mise en place de cadres juridiques et d'institutions devant superviser le bon fonctionnement du marché, dans le but de favoriser des stratégies de croissances fondées sur la promotion des intérêts privés, bien souvent étrangers.

Au début des années 90, la Banque mondiale identifia le secteur minier comme un secteur d'importance primordiale pour le continent africain, soutenant que celui-ci pouvait contribuer de manière significative au développement de plusieurs pays d'Afrique et devenir une source appréciable de revenus de taxation et de devises étrangères. Pour y parvenir, la Banque estima que les pays africains devaient attirer des capitaux nouveaux provenant de compagnie minières étrangères en mettant en place des cadres législatifs et réglementaires plus favorables à l'investissement privé et en privatisant les compagnies minières publiques. Dans la mise en place de ces nouvelles règles devant encadrer l'exploitation minière en Afrique, on peut identifier trois générations successives de codes miniers, chaque nouvelle génération précédente étant conçue pour s'aligner sur les codes les plus libéralisés de la génération précédente, le dernier en date étant celui de la RDC. Le résultat des réformes est un processus de redéfinition du rôle de l'Etat, qui est maintenant celui d'un "facilitateur", impliquant un retrécissement important de son contrôle sur la gestion et l'exploitation des ressources naturelles.

Fait pardoxal, la possession de ressources minières par un pays, qui pourrait normalement être considérée comme une garantie, ou comme une condition favorable au développement d'un pays, peut parfois représenter une menace à sa sécurité. En témoigne les évènements survenus en Guinée et en RDC.

Entre les mois de septembre 2000 et juin 2001, les rebelles du RUF (front révolutionnaire uni) de la Sierra Leone ont perpétré plusieurs attaques meurtrières en Guinée, semant la terreur au sein de la population guinéenne, ainsi que parmi les 75000 réfugiés sierra-léonais vivant de ce coté de la frontière. Cette campagne des rebelles du RUF, soutenus par le Liberia était en grande partie motivée par le désir de s'emparer des ressources diamentaires de la Guinée.

Le conflit armée impliquant ces trois pays est représentatif d'une nouvelle géographie des conflits où les mobiles de la guerre ne sont plus les différences ethniques, religieuses ou idéologiques, mais la compétition pour contrôler les richesses naturelles et minérales d'un pays ou d'une région.

La situation qui prévalait en RDC a porté à un autre niveau les atteintes à l'intégrité d'un Etat que peut susciter et, surtout, faire perdurer la possession de ressources minières. En août 1998, la RDC fut attaquée par les armées rwandaises et ougandaises. Au plus fort de la crise, sept pays africains furent impliqués dans ce conflit qui semble enfin sur la voie du règlement....Un rapport soumis au Conseil de sécurité de l'ONU révèle la place centrale occupée par les ressources minières dans ce conflit ainsi que la complicité des compagnies minières.

Cette guerre fut caractérisée par une impliquation considérable des forces armées étrangères dans les activités minières et les activités financières afférentes afin de financer leur effort de guerre. Ce type de conflit marque une transition vers ce que l'on pourrait nommer le commercialisme militaire qui, contrairement au commerce militarisé normal dans lequel certains intérêts commerciaux  tirent avantages de l'activité militaire, vient justifier et permettre le déploiement des forces armées nationales par des considérations commerciales.

Les nombreux exemples d'entreprises commerciales mises sur pied par des armées ennemies de la RDC, en plus de permettre l'autofinancement de la guerre, éliminant par le fait même les contraintes financières imposées par la guerre et permettant sa perpétuation, démontrent qu'un pays déstabilisé peut offrir d'importantes récompenses à l'élite politique et militaires des pays voisins.

 

par Amispheresud publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Mardi 7 mars 2006

L’influence n’est pas le rayonnement. L’union rayonne par le prestige historique des Etats membres et elle est porteuse, aux yeux du monde, d’un « capital sympathie ». L’influence s’exerce par le truchement de la puissance politique et économique. Pendant la Guerre froide, la bipolarité du monde conférait à l’espace économique européen un rôle central dans la lutte des deux Blocs. En effet, l’espace européen était le théâtre de la ligne de rupture en l’est et l’ouest. L’affrontement militaire se déroulait en périphérie des deux Blocs. Après la guerre froide, les Etats-Unis se sont révélés comme la Puissance occidentale de premier plan pendant que l’Union apparaissait comme une puissance intermédiaire, non achevée.  Le cafouillage diplomatique autour de la question iraquienne impose aux européens la mise en place d’une stratégie commune pour influer sur la décision de l’acteur global.

 

Mener une politique d’influence implique différents éléments: définir des buts, une cohésion dans l’appareil de décision et un principe de continuité. A cela il faut ajouter une idéologie qui se fonderait sur la démocratie, l’économie de marché et les droits de l’Homme. Des valeurs que l’Union et les Etats-Unis partagent communément. Promouvoir les langues européennes dans leurs zones d’influence traditionnelles par le biais médiatique (Internet, Radio), le cinéma et les programmes télévisuelles. Chercher à rejoindre les Etats-Unis dans le partage des contributions aux institutions internationales. L’Amérique participe à hauteur de 25% du budget de la Banque Mondiale et du fonds monétaire international. Suspendre la contribution des Etats membres et la remplacer par une contribution unique de l’Union  européenne (Elle aurait déjà la personnalité juridique nécessaire pour participer en tant que personne morale aux organisations internationales). Il faudrait aussi construire un réseau d’états tiers durablement et profondément liés à l’Union. Ces Etats seraient des relais d’influence dirigés exclusivement vers le centre de la décision : Washington.

 

Au même titre que les Etats Unis, l’Union devrait s’atteler à la formation des élites économiques, politiques et militaires d’états tiers. Favoriser l’implantation de système scolaire (comme en Afrique francophone) similaire à ceux de l’Union (cela nécessite une harmonisation du modèle éducatif dans l’Union). Cela crée automatiquement une communauté de valeurs et d’acquis exploitable à terme pour le politique. L’Union doit s’efforcer de créer des pôles d’excellence technologiques pour drainer chercheurs et autres savants de pays tiers. Cibler une immigration de « cerveaux » à qui l’Union donnerait les moyens de travailler. Au niveau de l’Ambassade de l’Union, il faudrait créer des réseaux économiques plus performants à charge de maintenir un contact avec les milieux d’affaire américains en premier, chinois, russes et japonais en second.

 

L’Union doit se fixer des objectifs politiques et définir une organisation des moyens à cet effet. La cohérence des objectifs et des moyens rend la stratégie d’influence efficace. L’Union ne doit pas se perdre dans une opposition stérile à l’Amérique mais plutôt chercher à peser économiquement sur les décisions américaines. Elle doit réexaminer sa diplomatie (en fait la définir car pour le moment il n’existe pas de diplomatie de l’Union indépendamment des Etats membres). Après avoir fixer des objectifs clairs et  ayant fixé les termes de la diplomatie qui doit accompagner la réalisation de ces objectifs, l’Union devra définir une stratégie des moyens. De façon générale, l’Union réagit plutôt que de mener une politique qui privilégie ces intérêts. Faxe aux américains la posture du scénario de l’Europe puissance est nuisible et stérile. Pour agir dans le monde, il faudrait peser de façon efficace sur la décision américaine de l’intérieur.

Pour influer, il faudrait harmoniser la « région » Union européenne en tenant compte des opinions des partenaires extra communautaires. Pour l’Union européenne, exister devant la puissance américaine, c’est imposer sa vision des choses en prônant l’unité dans la diversité et non pas l’équilibre des forces. Les Européens seraient donc contraints de considérer leur diplomatie, leur politique de défense et la définition de leurs intérêts particuliers à travers le prisme de la place qu’ils occupent auprès des Etats-Unis. L’important est de vivre cette contrainte comme un levier pour devenir un protagoniste actif et responsable d’un monde libre, plus sûr et plus prospère. La solution pour l’Union passe par la création d’une nouvelle forme de « participation démocratique à la décision » qui affecte le système occidental. Cette décision, si elle était prise par les instances européennes ne signifierait pas que l’Union devrait se résigner au rôle de supplétifs des Etats-Unis mais plutôt de partenaire complémentaire. Cependant, à ce stade de notre étude, cette solution reste la plus intéressante pour donner à l’Union le poids qui lui revient par rapport à la puissance américaine. Cette vision d’une politique étrangère européenne qui prendrait en compte une vision américaine du monde implique que l’Union européenne travaille dans le sens d’une sécurité globale qui dépasse le cadre des intérêts strictement européen. Deux conséquences en découlent : la première est que l’Union européenne accepte que les questions de sécurité du Vieux continent ne soient pas seulement de son ressort mais impliquent la responsabilité et l’intérêt du reste du monde –Il est normal que la Bosnie  soit considéré comme un problème pour les pays musulmans hors Europe. La seconde conséquence est que les problèmes de sécurité planétaires soit l’affaire de tous. Cela signifie que l’Union doit assumer ses responsabilités –financières- dans ce domaine selon ces capacités propres.

 

Pour accomplir ce retournement stratégique, l’Union doit sortir de sa logique traditionnelle de « diplomatie de défense ». Elle doit renoncer à une stratégie de persuasion qui s’attachait à associer les perturbateurs aux intérêts européens et à éviter qu’ils ne deviennent des terroristes potentiels. L’Union européenne doit mettre en œuvre des nouvelles gammes stratégiques.

 

            L’écart de capacités et moyens militaires entre les Etats européens et les Etats-Unis est une réalité évidente, qui contribue à accroître les tensions existantes dans le cadre de la coopération transatlantique en matière de sécurité et de défense. Malgré ce constat, les Européens ne parviennent pas à relever ce défi soit par le choix de la stratégie du faible développé ici, soit par la mise en œuvre d’une autonomie des moyens de défense. Ce qui est marquant, c’est le manque de volonté politique commune, et l’incapacité d’envisager l’Europe de la défense au-delà du Traité Atlantique. Malgré les différents problèmes évoqués plus haut (budgets de la défense, problèmes industriels, manque de coopération entre centre de recherche et industriels de la défense….), le blocage dans l’Union est plus politique que technique. Il existe des programmes phares dont l’importance stratégique est reconnue. Mais, ils s’enlisent en cours d’études et de pré production (A400M, Galiléo…). Les échéances s’allongent d’année en année, augmentant les risques industriels et financiers liés à ces projets. Face à ce constat, la puissance industrielle américaine domine dans un rapport de force complètement déséquilibré. En l’absence de progrès considérables, qualitatifs et quantitatifs, la politique étrangère de sécurité et de défense ne pourra se transformer, non pas en alternative des Etats-Unis, mais en un partenariat accru renforçant directement l’Alliance Atlantique en procurant un rôle spécifique à l’Union dans le processus de prise de décision aux Etats-Unis

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Mardi 7 mars 2006

Les Etats membres ne disposent pas, à l’heure actuelle, d’une vision commune de l’avenir de l’Union européenne et de son rôle international. L'Union européenne est en train de se détourner de la puissance ou, plus exactement, elle se dirige vers un au-delà de la puissance, vers un monde bien distinct de l'autre, où règnent la loi, la réglementation, la négociation et la coopération entre nations: en somme, elle est en train d'accéder au paradis post-historique où tout n'est qu'apaisement et prospérité, à l'idéal kantien de « paix perpétuelle ». Les Etats-Unis, en revanche, restent embourbés dans l'histoire, déployant leur puissance dans le monde anarchique décrit par Hobbes, où l'on ne peut se fier aux lois et règles internationales, et où la véritable sécurité ainsi que la défense et la promotion d'un ordre libéral dépendent toujours de la possession de la puissance militaire et de son utilisation.

            L’Union européenne est plus consciente qu'auparavant de l'aggravation des différences, sans doute parce qu'elle les redoute de plus en plus. Selon eux, les Etats-Unis sont plus prompts à utiliser la force et moins patients que l'Union dans le recours à la diplomatie. Les Américains croient volontiers que le monde est divisé en bons et méchants, amis et ennemis, alors que, selon l'Europe, le tableau est bien plus complexe. Face à des adversaires réels ou potentiels, les Américains préféreraient la coercition à la persuasion. Dans les affaires internationales, ils penseraient en termes de résultats définitifs: les problèmes doivent être résolus, les menaces éliminées. Enfin, les Américains seraient de plus en plus enclins à agir unilatéralement, et de moins en moins favorables aux actions entreprises sous l'égide d'institutions internationales comme l'ONU, ou à la coopération avec d'autres nations pour atteindre des objectifs communs, ils seraient plus sceptiques sur les bienfaits du droit international et préféreraient agir en dehors de lui quand ils l'estiment indispensable, voire simplement avantageux.

            Quant à son approche des problèmes, l’Union européenne se plait à dire qu'elle est plus nuancée et plus habile: elle cherche à influencer l'autre, indirectement, subtilement. Elle supporterait mieux l'échec, et manifesterait une plus grande patience quand la solution tarde à venir. Sa préférence va avant tout aux solutions pacifiques, à la négociation plutôt qu'à la coercition. Elle en appelle plus volontiers au droit international, aux accords internationaux et à l'opinion internationale pour juger les contentieux. Elle cherche à utiliser les liens commerciaux et économiques pour lier les nations les unes aux autres. Elle possède sa propre vision de la gestion des conflits. Elle est motivée par l’existence de valeurs et de principes de l’action (gestion pacifique des conflits, approche préventive, recours à la force en dernier ressort, primauté du droit international, sécurité humaine, dimension économique et social, non prolifération) ainsi que par des outils spécifiques (diplomatie, économie, carotte plutôt que bâton) partagés par tous les partenaires de l’Union européenne. Les évolutions concrètes de l’Europe de la défense et les mesures prises au plan européen pour faire face à la menace le lui permettent. Cela se traduit par la mise en place de nouveaux outils institutionnels et la prise en charge de nouvelles opérations (Côte d’Ivoire, Haïti). Le rôle majeur joué par la Grande Bretagne dans l’ensemble de ces domaines est une preuve concrète de la possibilité de compromis entre Européens dans le domaine de la défense. Les nouveaux entrants, quant à eux, partagent aussi les valeurs mentionnées ici même si ils ont encore une vision unipolaire du système international au profit des Etats-Unis. Il ne faut donc pas les limiter à un atlantisme aveugle. Cependant, des approches spécifiques existent entre partenaires de l’Union européenne, qui expliquent la volonté de certains de maintenir une égale distance entre l’Union européenne et les Etats-Unis et leur choix, qualifier de stratégique, de se rallier à l’approche américaine (en Irak par exemple). La Grande Bretagne estime qu’elle doit jouer un rôle particulier, de pont entre les deux rives de l’Atlantique. Il est donc important pour Londres de prendre en compte, dans sa stratégie d’influence, l’affirmation d’une certaine différence européenne par rapport à la politique étrangère américaine.

            Quand les grandes puissances européennes dominaient la scène, elles affichaient un culte de la force et de la gloire des armes. Aujourd'hui, l'Europe voit le monde avec les yeux du faible. En constituant une unique entité politique et économique (exploit historique du traité de Maastricht en 1992), nombre d'Européens espéraient bien renouer avec la grandeur passée de l'Europe, mais sous une forme politique d'un nouveau type: l'Union européenne allait devenir la seconde superpuissance, non seulement économiquement et politiquement, mais aussi militairement ; elle réglerait les crises survenant sur son continent, tels les conflits ethniques dans les Balkans, et retrouverait un rôle de premier plan sur la scène internationale. Dans les années 1990, les Européens pouvaient affirmer avec confiance que la puissance d'une Europe unie finirait par restaurer cette "multipolarité" que la fin de la guerre froide avait détruite. Mais ces prétentions européennes se sont révélées infondées. Les années 1990 ont vu non pas l'ascension de l'Europe vers un statut de superpuissance mais la mise à nu de sa relative faiblesse (le conflit en Bosnie-Herzégovine, le conflit du Kosovo…) Dans le meilleur des cas, son rôle se limitait à fournir des troupes pour le maintien de l'ordre après que les Etats-Unis, avec leurs seules forces ou presque, avaient mené à bien les phases militaires décisives de différentes opérations et stabilisées la situation.

            Cette réduction de puissance avait contraint l'Europe à perdre son influence internationale dès l'après-guerre. Ceux des Américains et des Européens qui assignaient à l'Europe la mission d'étendre son rôle stratégique au-delà de ses frontières lui fixaient un objectif déraisonnable. Au cours de la guerre froide, le rôle stratégique de l'Europe avait été de pourvoir à sa propre défense. Il était irréaliste de penser qu'elle pourrait retrouver un statut de superpuissance, à moins que les populations européennes ne soient prêtes à amputer fortement les programmes sociaux au profit des programmes militaires. Non seulement les Européens n'étaient pas prêts à payer pour retrouver une capacité d'intervention militaire hors d'Europe, mais, après la fin de la guerre froide, ils se refusaient même à financer une force militaire suffisante pour conduire des opérations sur leur propre continent sans l'aide des Américains. En moyenne, les budgets de la défense des Etats européens sont passés en dessous de 2 % du PIB.

            Ce désaccord naturel entre les forts et les faibles, constant dans l'histoire, se retrouve aujourd'hui dans la querelle sur l'unilatéralisme entre les deux rivages de l'Atlantique. Les Européens sont convaincus que leur hostilité à l'unilatéralisme américain est la preuve de la supériorité de leur conception idéale de l'ordre mondial à créer, et ils ne sont guère prêts à admettre que ce rejet de l'unilatéralisme est aussi dicté par leur intérêt. Ce que les Européens redoutent dans l'unilatéralisme américain, c'est qu'il perpétue un monde hobbésien, où eux-mêmes risquent de devenir de plus en plus vulnérables. L'hégémonie américaine est peut-être bienveillante, mais aussi longtemps que ses actes retardent la création d'un ordre mondial garantissant davantage la sécurité des pays plus faibles, elle est objectivement dangereuse. C'est là une des raisons pour lesquelles, ces dernières années, un des principaux objectifs de la politique étrangère de l'Union a été d’influer sur la décision américaine. Non que les Européens soient en passe de monter une coalition contre l'hégémonie américaine, en se dotant d'une puissance militaire qui puisse égaler la sienne. Leur tactique, comme leur objectif, est celle d’un état faible : ils espèrent contenir la puissance de l'Amérique sans avoir à déployer des moyens égaux. Selon une tactique qui pourrait bien être l'exploit suprême de l'attaque oblique, ils cherchent à maîtriser les Etats-Unis en faisant appel à sa conscience et en agissant sur sa décision.

            Les Européens prétendent souvent que les Américains ne sont pas raisonnables quand ils exigent une sécurité "parfaite", celle que leur a apportée pendant des siècles la barrière protectrice de deux océans. Les Européens assurent qu'ils savent, eux, vivre avec le danger et côtoyer le mal, car telle est leur histoire depuis toujours. D'où leur plus grande tolérance face aux menaces que peuvent représenter l'Irak de Saddam Hussein ou l'Iran des ayatollahs.

            Une fois encore, on expliquera beaucoup mieux par la relative faiblesse de l'Union européenne sa plus grande tolérance de la menace extérieure. Et cette tolérance est une politique très peu réaliste, car l'Europe, en raison de sa faiblesse, est tout aussi exposée aux menaces que la très puissante Amérique.

            L'incapacité à répondre aux menaces ne débouche pas seulement sur la tolérance mais parfois aussi sur la dénégation. C’est sur l'idée même de menace que s'opposent souvent les gouvernements de part et d'autre de l'Atlantique: Washington parle de « menaces » étrangères telles que la prolifération d'armements nucléaires, le terrorisme et les « postes avancés de la tyrannie » ; mais les dirigeants Européens voient surtout des problèmes, tels que les conflits interethniques, les mouvements migratoires, le crime organisé, la pauvreté et la dégradation de l'environnement. La différence fondamentale repose sur la capacité à agir. La réalité repose aussi sur la nature des forces : il est incontestable, objectivement, que les « postes avancés de la tyrannie » ne représentent pas le même niveau de menace pour l'Europe et pour l'Amérique.
par Amispheresud publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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