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  • : Comprendre les mécanismes d’exclusion en France pour y apporter une réponse efficace et globale. Favoriser la participation des français issus de l’immigration au débat public par la vie associative et politique.
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Lundi 15 janvier 2007

Longtemps on a buté sur la traduction. Comment dit-on, en français, affirmative action ? Facilement traduisibles séparément, les deux mots inversés et mis bout à bout restaient obstinément vides de sens. Alors, longtemps, les observateurs de la scène américaine se sont contentés d'écrire "affirmative action" et d'assortir l'expression anglaise d'explications alambiquées.

C'était, après tout, un concept très éloigné de nos pratiques républicaines, mis en œuvre à partir de la fin des années 1960 aux Etats-Unis sous l'impulsion de la "Great Society" chère à Lyndon Johnson : favoriser, par une politique préférentielle volontariste, l'accès à l'emploi et à l'enseignement supérieur de certaines catégories de population victimes de discrimination, c'est-à-dire les femmes et les minorités ethniques (noires, hispaniques, etc.).

Et puis la traduction "discrimination positive" est apparue. Est-ce un hasard si, finalement, et sans doute inconsciemment, les Français ont adopté l'expression "discrimination positive" plutôt qu'action affirmative"? Non.

Parce que "discrimination positive" a une connotation négative. Dans "discrimination positive", il y a "positive", mais il y a d'abord "discrimination".

Choisir cette traduction, c'était déjà porter un jugement sur le concept. Pour les Américains, le concept était positif, et les mots choisis le prouvaient. Pour les Français, il était négatif, d'emblée. Qui dit "discrimination", positive ou négative, dit contraire à l'égalité.

Mais voilà que le débat surgit, biaisé par les mots, mais forcé par la réalité.

L'intégration ne s'est pas réalisée. Les inégalités se sont creusées. En France, les enfants issus de l'Afrique subsaharienne sont quatre fois plus au chômage que les enfants de Français. La part des jeunes d'origine étrangère dans les grandes écoles est passée de 21 % dans la première moitié des années 1950 à 7 % aujourd'hui, selon un rapport de Michel Euriat et Claude Thélot. Cette discrimination-là est très, très négative. Les frustrations qu'elle engendre dans les "quartiers" aggravent la "fracture sociale" et nourrissent les extrémismes.

De toute évidence, l'intégration ne se fait pas spontanément. Le moment n'est-il donc pas venu de dire qu'un coup de pouce est nécessaire ?

Le 22 novembre 2004, en pleine tempête sur le foulard, le ministre de l'intérieur lance un pavé dans la mare. "Reconnaissons les échecs de l'intégration à la française, déclare Nicolas Sarkozy sur France 2. Je crois en la discrimination positive : il est des territoires qui ont tellement plus de handicaps que, si on ne leur donne pas plus qu'aux autres, ils ne pourront pas s'en sortir." C'est exactement le principe sur lequel est fondée la petite expérience lancée en 2001 à Sciences-Po et qui, dans son extraordinaire audace, a permis en 2003 l'admission en première année de 37 étudiants originaires de ZEP (zones d'éducation prioritaire), ces fameux " territoires qui ont des handicaps". Contestée devant les tribunaux, cette initiative en est sortie modifiée dans la forme, mais confirmée dans son principe. Elle est considérée comme une réussite.

En quelques jours, la position de M. Sarkozy sur la discrimination positive est désavouée par le plus grand nombre. Est invoqué "le principe de l'égalité devant la loi".

Quelle égalité ? Celle, sans doute, qu'affirme la Constitution de 1958. Mais, M. Chirac en convient, cette égalité de principe ne s'est pas traduite dans les faits. Il y a même eu, a-t-il dit il y à quelques années, "un recul", y compris dans les échelons élevés de la société. "Faut-il parler de discrimination ? Oui, mais elle est négative et elle n'a pas été volontaire (là, il se trompe !!), note le président. Il y a une espèce de système qui, tout naturellement, s'auto-protège, s'auto-alimente, s'auto-nomme. Et donc, il y a là quelque chose contre quoi il faut réagir."

C'est à peu près le constat que faisaient les responsables américains à la fin des années 1960. C'est le constat que peuvent faire tous les Français, aujourd'hui, s'ils se donnent la peine de regarder autour d'eux au sommet des administrations, des partis politiques, des universités, des grandes entreprises, de la presse écrite et des chaînes de télévision : les élites françaises sont essentiellement masculines, uniformément blanches, désespérément fermées. Faut-il donc préférer de facto une discrimination négative à une discrimination positive, mais contraire au "principe de l'égalité"? Faut-il indéfiniment accepter qu'au nom de l'égalité se perpétuent les inégalités ?

 Peut-être est-il temps de se pencher attentivement sur les expériences d'"action positive" menées à l'étranger, de voir à quel point ce débat a évolué depuis près de quarante ans, d'en laisser de côté les aspects les plus brutaux et les plus impopulaires et d'en adapter la dynamique, celle de mesures préférentielles visant à compenser des discriminations, à nos réalités. Cette même dynamique qui a favorisé l'émergence d'une classe moyenne noire aux Etats-Unis et fait dire en 1996 à un certain Colin Powell, fils d'immigrés jamaïcains, que, sans l'affirmative action, il ne serait jamais devenu général.

par Amispheresud publié dans : civis
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Lundi 11 décembre 2006

La droite, ce n’est pas le pendant symétrique de la gauche. C’est ce qui reste à la liberté quand la gauche intellectuelle a tout régenté !

Rien de plus incommode pour un écrivain français que d’être présumé “de droite”. Un ordre moral plus ou moins implicite vous expédie illico dans des enfers peuplés de beaufs racistes, de magnats véreux, d’adjudants au front bas et de bigotes en délicatesse avec leur libido. Autant de clichés par quoi la gauche vous néantise sans préavis. Car en France c’est la gauche exclusivement qui décrète le bien, le vrai, le beau, le juste. À gauche la liberté, la justice, la créativité ; à droite la rétention, l’égoïsme, le conformisme. Une conscience morale se porte à gauche, un intellectuel est de gauche par définition. En conséquence c’est la gauche qui distingue la droite “respectable” (sic) de l’ivraie “réac” ou “facho”, selon les critères d’une démonologie assez comparable aux frénésies de l’Inquisition. Il n’en faut pas beaucoup, à l’aune des modernes Torquemada, pour être réputé “réac” : le moindre trait d’ironie sur un article du credo “progressiste” et vous voilà l’objet d’un discrédit tenace. Le mépris n’est pas loin. Pour tout dire, en tant qu’écrivain “de droite”, j’ai souvent l’impression d’être condamné à une sorte d’exil intérieur. C’est pénible à la longue.
Grâce au ciel, mon naturel ne me porte pas au ressentiment ; sinon ma plume viderait du fiel et je serais perdu pour l’humour, la poésie, l’ambiguïté, l’émerveillement – tout le matériau de mon destin de gâcheur d’encre. De beaux esprits ont mal tourné pour avoir été marginalisés par la cléricature ambiante, tant il est vrai que la rancœur est mauvaise conseillère. J’écris sur ce sujet – la droite – avec l’espoir sans doute vain de jeter un pont vers l’autre rive, celle des consciences de gauche. Non pour les racoler. Même pas pour les convaincre. Juste pour essayer de les guérir de leur mépris. En vérité, il ne m’affecte que par ricochets : je suis, sur la rive gauche de la Seine, un “bon réac”, comme il y avait un “bon juif” pour chaque antisémite avant la guerre. On me tolère. On me consent à l’occasion l’aumône d’un strapontin dans les débats conçus et orchestrés par les gardiens médiatiques du dogme. Tout de même on m’aborde avec des pincettes, et si l’on daigne me considérer comme un ami, c’est avec le frisson érotique de la transgression. Un ami “réac”, quelle audace ! Quelle preuve d’ouverture d’esprit ! Surtout, quels délices vénéneux ! Le bourgeois voltairien éprouvait le même titillement au creux de l’échine, sous Jules Ferry, en allant au bordel.
On connaît les raisons historiques de l’invalidation morale du mot “droite” : Pétain, la collaboration, des accointances supposées avec Hitler, Mussolini, Franco, Perón ou Salazar. Peu importe l’incongruité de ces identifications en cascade, elles règnent encore dans l’inconscient collectif, soixante ans après l’effondrement du IIIe Reich. Et quand on juge un Papon, il semble que ses agissements nous sont contemporains. Or ils ne le sont pas, et les nostalgiques de Vichy ou de l’OAS se font rares. Plus rares que ceux du “grand soir”. Je n’ai jamais rencontré en France un seul fasciste. En revanche, j’ai croisé par centaines des disciples de Lénine, Trotski, Staline, Mao, Sékou Touré ou Fidel Castro. Nul n’ignore pourtant, depuis Hannah Arendt, que les structures mentales d’un totalitaire marxiste ou nazi sont exactement les mêmes. D’ailleurs, dans “national-socialisme”, il y a “socialisme” et sous l’uniforme SS, la peau de Doriot ou de Déat n’avait pas changé de grain.
La pulsion idéologique relève d’une pathologie toujours identique, qu’elle se badigeonne en rouge ou en brun. Elle me fait toujours peur. Elle consiste à projeter des aspirations à l’absolu sur le champ politique, qui est un domaine de pures contingences. En d’autres termes elle nie le tragique en prescrivant des solutions au Mal. Ça finit toujours très mal. En tenant Hitler pour un monstre absolu, et Staline pour un monstre relatif, ou accidentel, l’intelligentsia parisienne escamote manifestement sa culpabilité. On veut bien ne plus lui faire grief d’avoir compagnonné longtemps avec la terreur stalinienne ; il serait décent que ses épigones s’abstiennent de donner des “leçons de droits de l’homme”. Sur ce chapitre qu’il faut clore, Aron avait raison et Sartre avait tort, point final.
Reste que le mot droite est affecté d’un coefficient moral négatif, à telle enseigne que l’on voue son extrême (Le Pen, etc.) aux gémonies, tandis que l’“extrême gauche” (terme générique) a droit de cité. Le Pen est une ordure ; Besancenot, un utopiste givré, mais sympa. En tout cas fréquentable. Pourtant, si un trotskiste trônait à l’Élysée, tous les bobos du quartier latin émigreraient à New York, nonobstant l’“impérialisme américain”. Nous serions nombreux à les y rejoindre, droite et gauche confondues.
Bref, il faut de l’entrain pour endosser sans déprime cette infirmité : être un homme de droite. Ce que je suis, sans complexe sinon sans ambiguïtés. Jamais encarté, jamais syndiqué. De droite quand même. Pas du tout xénophobe, ni antisémite, ni puritain, ni cousu d’or, ni stipendié par la CIA ou par Bruxelles. Rien ne m’a prédisposé à rouler à droite ; mon terroir est “rad-soc”, mon père a appartenu à l’A.S. (armée secrète) et mon meilleur ami est socialiste encarté depuis le congrès d’Épinay. Mes mœurs sont ordinaires, comme disait Mitterrand, mon catholicisme basique, mes gourmandises tous azimuts, mes penchants esthétiques si divers qu’ils ne laissent pas de me dérouter. Je n’ai d’aversion ni pour les Arabes, ni pour les homos, ni pour les francs-maçons et ce que les marxistes appellent la “conscience de classe” n’est pas mon fort. Non plus que cette manie de discriminer bons et mauvais en regard de leur positionnement sur l’échiquier partisan. Presque tous mes copains sont de gauche, génération oblige, et en tant qu’éditeur ou critique, je ne me suis jamais soucié du vote d’un auteur.
Pourtant je suis de droite. Pourquoi ? En quoi ? Tachons d’éclaircir ce mystère. D’abord il faut renoncer à la commodité d’une homothétie entre la droite et la gauche. En France, depuis les Lumières, peut-être depuis Descartes, peut-être depuis les guerres de religion, le credo dominant est à gauche. Raison, progrès, émancipation de l’individu, foi en la science, etc. Toutes les plumes qui comptent entre Louis XIV et la Révolution sont admises peu ou prou dans le panthéon de la gauche, depuis Bayle jusqu’à Beaumarchais en passant par Marivaux, Laclos, D’Alembert, Diderot, Sade, Condorcet, Condillac, Voltaire et Rousseau. Elles ont donné le ton d’un “progressisme” que théorisa Hegel avec son “devenir”. En gros, l’humanité est en marche dialectique vers son salut, mais dans l’Histoire (majuscule), pas au royaume des cieux. Ce progressisme, cet optimisme, ce prophétisme ont pris mille visages, celui du scientisme trivial de M. Homais, du positivisme de Comte, de l’anticléricalisme du père Combes, du millénarisme révolutionnaire. Besancenot, Buffet ou Hollande l’invoquent encore, chacun dans sa chapelle, avec ses mythes fondateurs, ses patois et ses excommunications.

La droite ne lui oppose pas un dogme concurrent ; au fil des aléas elle se définit par une incroyance, une allergie, une méfiance : elle doute que le “devenir” conduise au meilleur des mondes socialisés. Ou bien elle répugne à y être encasernée. Être de droite est donc une posture de récusation, pour des raisons ponctuelles, tantôt métaphysiques, tantôt morales ou esthétiques. On ne croit pas à l’approche “de gauche” de la liberté, de la vérité, du bonheur, de ce que doit être une aventure humaine. On ne sait pas forcément théoriser cette incroyance et d’ailleurs on doute que la réalité soit toute rationalisable, qu’il s’agisse du social ou du psychologique. Mais on ne croit pas à un progrès linéaire et on ne veut pas vivre dans l’eden profane bricolé par les idéologues de gauche, préfiguré par les révolutions auxquelles ils se réfèrent, la nôtre en particulier : le clivage advient nommément sous la Constituante. La droite n’est pas le contraire de la gauche mais la folle de son régiment, le mouton noir de son troupeau, le cancre au fond de sa classe. Elle n’a aucune certitude opposable à la gauche, elle exprime juste un refus qui vient du cœur, ou des tripes, ou de l’âme.

Article parue dans VALEURS ACTUELLES du 1 décembre 2006 n°3653
par Nze Freddy /Reproduction Denis Tillinac publié dans : civis
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Samedi 9 décembre 2006

Si l'égalité des droits doit être acquise, les différences sociales marginalisent dans d'immenses ghettos les groupes ethniques pauvres. La France voit se développer dans un climat croissant de violence urbaine une juxtaposition de communautés ethniques pour lesquelles l’intégration n'opère plus. À la revendication d’un droit à l’indifférence succède désormais une rétraction défensive et communautariste qui menace la cohésion de la société française. Un mouvement comme celui de Dieudonné, loin de prôner l'intégration, milite pour une identité noire violemment teintée d'antisémitisme. Pour Amispheresud, ce n’est pas la solution et cela dessert la lutte contre les discriminations.

Le noir de France est un « hybride culturel », évoluant dans un contexte sociale ambivalent ; il s'accommode d’un monde différent tout en restant peu enclin à rompre avec son passé et ses traditions. Dans le même temps, il n’est guère accepté, en raison des préjugés. Devenu un « hybride culturel », sa différence lui est sans cesse rappelée par la couleur de sa peau.

Y a t-il encore du racisme à l’heure actuelle En France ? Malgré l’existence de la HALDE ou d’autres organismes de ce genre, il existe toujours du racisme. L’intolérance et le racisme continuent même à s’étendre envers les noirs. Et malgré les lois, il existe toujours des discriminations. Dans un contexte économique difficile, le niveau d’accès au Grande Ecole et autres 3eme Cycle des grandes universités françaises bloquent l’accession des français issus de l’immigration africaine à des postes à responsabilités. A cela s’ajoute le rejet qu’ils rencontrent sur le marché du travail, provoquant, donc un fort taux de chômage dans cette communauté. Donc plus de misère, plus d’exclusion sociale, plus de délinquance et d’insécurité dans leurs quartiers. Ce qui contribue à augmenter le racisme, dans un parfait cercle vicieux.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : civis
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Vendredi 24 novembre 2006
L’implication internationale des Etats et des organisations intergouvernementales dans la résolution des conflits est une réponse appropriée aux problèmes de sécurité que connaît l’Afrique. Pour la France, le Renforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix (RECAMP) est un moyen d’endiguer la fragmentation des Etats africains tout en évitant de s’enliser elle-même dans des dynamiques ambiguës. En tant qu’axe multinational des relations extérieures militaires françaises, RECAMP est un instrument particulièrement adapté à une intégration au mécanisme de l’Union européenne en matière de gestion de crise.

RECAMP répond à la volonté des Africains d'assurer progressivement eux-mêmes la sécurité du continent. Il s'inscrit dans le cadre général d'une politique en Afrique qui se veut ouverte à l'ensemble du continent et coordonnée avec la communauté internationale.
Ce concept identifie des axes d'action qui doivent faire l'objet de programmes nationaux, multilatéraux ou européens. Il a vocation à s'intégrer dans une palette plus large d'instruments au service de la stabilité du continent (coopérations bilatérales, aide au développement, etc.).

Par ce biais, l’Union européenne peut jouer un rôle clé d’appui à ce type de processus d’internationalisation. En effet, d’une part les institutions européennes jouissent d’une masse financière très importante, et, d’autre part, elles constituent le meilleur pôle de coordination avec les alliés occidentaux. Même si la Commission européenne connaît quelques réticences à s’engager militairement, elle peut trouver dans RECAMP un moyen pour réformer le secteur de la sécurité et apporter un soutien à la bonne gouvernance ou aux programmes de reconstruction et de sortie de crise sur le continent africain. Certains outils européens présentent des avantages considérables pour absorber le RECAMP : le Mécanisme de Réaction Rapide (Rapid Reaction Mechanism), le Fonds européen de développement…

Le format  RECAMP (une approche africaine sous-régionale, une planification ouverte et multinationale et une mise à disposition de ressources importantes) concourt à convaincre français et institutions européennes de la nécessité d’une européanisation de cet outil. En intervenant durablement dans la gestion des crises africaines, l'Union européenne élargirait son horizon stratégique, démontrant qu'elle prend acte des conséquences directes, pour ses propres intérêts, des crises qui traversent l'Afrique. L'Union européenne a un intérêt évident à s'impliquer dans le règlement des crises africaines. Au voisinage direct de l'Afrique, elle subit les effets de toute évolution de la situation du continent africain.

L’Union européenne commence à considérer l’Afrique comme une menace potentielle sur sa propre sécurité. Sans une bonne gouvernance, sans forces de sécurité adéquates ou sans renseignement approprié, les groupes et les factions extrémistes ont le champ libre pour créer des réseaux et développer des cellules terroristes. Une autre inquiétude est celle de l’immigration clandestine. Lorsque des populations fuient des régions en crise pour rechercher de meilleures conditions en Europe, cela engendre des retombées négatives. D’une part, l’immigration clandestine ne fait que transférer les problèmes d’une région à une autre sans les résoudre. D’autre part, et cet aspect est important, la montée des formations politiques d’extrême droite en Europe est directement liée aux effets de l’immigration clandestine.

Sur le plan économique, l'Union représente le plus grand marché d'exportation des produits africains, absorbant 85 % des exportations africaines de coton, de fruits et de légumes. Dans une économie mondialisée qui place l'Union européenne dans une logique de concurrence, notamment face aux nouvelles puissances économiques que sont la Chine et l'Inde, le continent africain est un enjeu. L'Union européenne est la première source d'aide publique au développement avec 60 % des flux d'aide destinés à l'Afrique. Mais cet effort est vain en l'absence de stabilité car, de plus en plus, les problématiques de sécurité et de développement sont liées.

par Nze Ekekang Freddy publié dans : Défense et Sécurité en Afrique.
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Lundi 6 novembre 2006

Les enjeux de la puissance chinoise en Afrique
Par Ludovic Woets (article paru dans strategic-road.com).

Ludovic Woets est Consultant du Ministère de la défense français sur les questions de géopolitique et de Prospective stratégique et fondateur de la société de conseil GEO-K (GEO-K, 27 rue de l'Ancienne Mairie, 92100 Boulogne-Billancourt, 01 46 84 67 64, geo-k@geo-k.com)

 

 


Les relations sino-africaines ont connu une évolution chaotique depuis la conférence de Bandung en 1955 et la reconnaissance du mouvement des "Non-Alignés". Même si la Chine fut une des premières nations à reconnaître le gouvernement provisoire algérien de 1958, cette attention particulière pour les États africains s'estompa progressivement. Après la mort de Mao (1976), les liens ont commencé à se distendre, et il fallut attendre le milieu des années 90 et plus particulièrement 1999 pour que la Chine prît la juste mesure des opportunités offertes par une renaissance des relations avec les États d'Afrique.

Si on dresse un bilan en 2005 de ce revirement de stratégie, on constate que les efforts chinois pour se rapprocher de l'Afrique ont payé : en 2004, l'Afrique non seulement exportait 20 % de ses minerais vers la Chine, mais sa zone sub-saharienne assurait à Pékin une efficace diversification en approvisionnement énergétique en lui fournissant 20 % de son pétrole importé.

Le volume des échanges en 2004 a dépassé les 18 milliards de dollars, et en 4 ans, le volume des échanges a été multiplié par 3 . Par ailleurs, 520 entreprises chinoises (dont un quart de privées) sont implantées dans 49 pays africains.

Néanmoins, ces données sont à relativiser car la part de l'Afrique dans le commerce extérieur chinois ne représente que 2,4% des exportations et 2% des importations pour 2004. La position de l'Afrique dans le jeu commercial chinois reste donc, pour l'heure, relativement marginale.

Du côté des investissements, si l'on constate que le montant des investissements chinois en Afrique équivaut à celui réalisé dans l'ASEAN, il reste néanmoins à en étudier la composition afin de cerner précisément les objectifs poursuivis par la Chine dans cette région du monde.


I-
Les intérêts chinois de l'implantation en Afrique.

Ces intérêts sont liés à deux impératifs :

1-une politique de sécurisation de l'accès aux matières premières et aux hydrocarbures ainsi que la diversification des sources d'approvisionnement.

2-une politique d'incitation faite aux multinationales chinoises afin d'exporter des produits avec une valeur ajoutée croissante.


1- Une politique de sécurisation de l'accès aux matières premières et aux hydrocarbures

Depuis 1993, la Chine est devenue importatrice nette de pétrole et cette tendance n'a cessé de se renforcer en raison de son économie basée sur une production industrielle lancée à plein régime, et donc grosse consommatrice d'énergie. A cela s'ajoute des contraintes géologiques fortes qui constituent un frein à l'accroissement de la production nationale, sans compter le besoin d'investissements considérables pour la construction d'oléoducs afin d'acheminer le pétrole vers la côte Est et l'impératif de raffinage de ce pétrole présentant une quantité trop importante de sulfure.

La Chine est consciente que ces contraintes la placent en position de dépendance, situation qui pourrait être exploitée à des fins de pressions par des nations concurrentes comme les États-Unis. Ce constat fut à l'origine d'une nouvelle stratégie visant à exercer le contrôle sur l'exploitation et la production de gisements étrangers.

En raison de l'importance de la présence américaine au Moyen-Orient, renforcée à la suite des guerres de 1991 et 2003, la Chine a dû revoir sa politique d'importation en mettant l'accent sur une diversification accrue afin de déconcentrer les risques.

De cette reconsidération, trois zones privilégiées ont émergé : Asie centrale et Caspienne, Sibérie (ces deux voies continentales évitent les risques générés par le passage du détroit de Malacca) et l'Afrique (depuis le milieu des années 90). Cette dernière est la troisième zone d'internationalisation des compagnies pétrolières chinoises avec une présence en Algérie, Angola, Soudan, Nigeria.

L'Afrique possède 8,9 % des réserves mondiales et assure 11% de la production mondiale. La Chine, avec 28,7% de son pétrole importé d'Afrique, est le deuxième importateur de pétrole africain derrière les États-Unis.

Cette politique pétrolière chinoise est au coeur des préoccupations des dirigeants de Pékin, comme le montre les visites d'État que ne manque pas de faire le Premier Secrétaire du Parti, Hu Jintao, à différents pays africains producteurs de pétrole (dont le Gabon). Suite à sa visite de février 2004, l'entreprise chinoise Sinopec a signé avec Total-Gabon un accord de prospection et de d'exploitation du pétrole gabonais, ainsi qu'un contrat de vente à la Chine d'un million de tonnes de pétrole brut.

Autre exemple de cette préoccupation majeure des dirigeants chinois, la Chine est de plus en plus présente dans l'exploitation pétrolière au Congo-Brazzaville. En 2003, elle importait du Congo un million de tonnes de pétrole brut (soit entre 1 et 1,5% du total de ses importations pétrolières). En 2005, la Sinopec a signé un contrat lui permettant d'exploiter des gisements off-shore congolais dénommés "marine 12" et "haute mer C".

La stratégie chinoise pour sa mainmise sur le pétrole étranger passe véritablement par ses compagnies comme en témoigne la démarche de la CNPC au Soudan. Cette dernière détient 40% des parts de la Greater Nile Petroleum Operation Compagny (pour l'exploitation du bassin de Muglad) et s'est engagée dans la construction d'un oléoduc de 1500 km pour acheminer le pétrole vers le terminal portuaire de Marsa-al-Bashair (Port-Soudan). Le Soudan à lui seul représente 7,7 % des importations pétrolières chinoises.

Enfin, la politique chinoise se tourne désormais vers le Tchad et traduit la volonté de mettre ses gisements en valeur, et bien évidement, de participer à la construction d'un oléoduc le reliant au Cameroun et de là, à l'océan Atlantique.

2- Une volonté d'exporter un savoir-faire et des produits avec une valeur ajoutée croissante

Le marché africain connaît également des attentes en matière de produits de consommation et ses exigences plus faibles par rapport à celles du marché occidental en font un marché-test de premier choix pour les entreprises chinoises tournées vers le commerce international. Les marchés africains leur permettent de développer des produits dotés d'une plus forte valeur ajoutée et de "tester leur qualité via la clientèle africaine". Les domaines concernés par cette politique chinoise sont variés :

-centrales électriques (Soudan, Zimbabwe)
-centrales hydrauliques (Soudan, Éthiopie)
-télécommunications (Maghreb, Madagascar, Mozambique, Djibouti)
-aviation (Zimbabwe)
-nucléaire civil (Afrique du Sud qui est également le premier partenaire commercial de la Chine en Afrique)

Il est raisonnable de penser que Pékin applique au marché africain sa même logique de "prévisions sur le long terme", et ainsi prend-elle en considération cette manne de 900 millions de consommateurs potentiels et les opportunités qu'elle pourrait représenter dans les décennies à venir. En d'autres termes, elle n'écarte pas un possible développement économique des États africains et cherche donc à anticiper un éventuel décollage en s'insérant d'ores et déjà dans le réseau commercial africain.


II -Les armes du jeu chinois

Ces armes sont principalement de deux types : financier tout d'abord avec une politique d'investissements qui ne cesse de croître et dont le montant équivaut à celui que la Chine consacre à l'ASEAN, mais arme également plus stratégique avec un "package" composé de ventes d'armes et de technologies, de soutiens politiques et d'appuis diplomatiques dans le cas où le pays partenaire serait en porte-à-faux avec la société internationale.


1-Les investissements (et les prêts qui sont des investissements indirects)

Petit rappel : la Chine est le premier récipiendaire mondial d'IDE avec un montant de 53 milliards de dollars investis en Chine en 2003. Mais Pékin ne se contente pas recevoir ces IDE et prend part à ces flux financiers en se plaçant à la 5ième place des pays investisseurs avec 2, 087 milliards de dollars investis dans 160 pays en 2003, soit une hausse spectaculaire de 112% par rapport à 2002.

Les investissements se concentrent très majoritairement dans deux domaines : les gisements de matières premières (dont le bois et les minerais) et les partenariats pour garantir un accès et un approvisionnement en énergie.

Lorsqu'elle décide d'investir dans le secteur pétrolier d'un pays, la Chine procède selon le modèle suivant : elle commence par monter une joint-venture avec une entreprise locale pour s'assurer une partie des droits d'exploration et d'exploitation. Elle procède ensuite à une importation d'ouvriers chinois qui sont en partie des prisonniers de droit commun afin de construire rapidement les oléoducs et infrastructures nécessaires à l'exportation du pétrole vers la Chine.

Mais contrairement aux Occidentaux, la Chine, au travers de ces investissements, n'agit pas en vue d'une rentabilité IMMÉDIATE mais oeuvre davantage pour se prémunir de la dépendance énergétique.

De plus, Pékin ne se contente pas d'investir dans le seul secteur pétrolier afin de récupérer des droits d'exploitation, mais s'efforce de diversifier ses activités gravitant autour dudit secteur. En 2000, alors que la Sinopec obtient le droit d'exploitation d'un champ pétrolier soudanais, l'Eximbank (Export-Import Bank) ouvre à Khartoum sa première filiale en Afrique. Cette concomitance dénote la volonté de Pékin de soutenir, au travers d'une aide financière, l'activité des entreprises chinoises, mais aussi de prêter aux gouvernements locaux afin de permettre la construction de routes, de raffineries et de centrales hydrauliques (ceci dans le but de faciliter l'exploitation et l'exportation du pétrole).

Si l'on examine plus en détail la politique des prêts chinois accordés aux États africains, il est intéressant de noter que ces aides financières accordées à taux préférentiel, ont deux fonctions. Il s'agit tout d'abord de gagner les faveurs des dirigeants locaux. Le dernier exemple en date est l'octroi de deux milliards de dollars par l'Eximbank au gouvernement soudanais en 2004 afin de faciliter l'obtention des droits sur un bloc off-shore.

Mais au-delà du simple "encouragement" financier de Pékin, la politique de prêts a une seconde fonction tout aussi importante. Avec l'argent prêté, les gouvernants locaux ont pour objectif de procéder à des constructions ou des réfections d'infrastructures et de voies de communication en vue de gagner des voix pour les prochaines élections ! Or, la délivrance du prêt chinois favorise également l'octroi de tels marchés à des compagnies chinoises de travaux publiques qui importent de la main d'oeuvre de Chine. En conséquence, Pékin retrouve indirectement une partie de sa mise initiale via ses firmes de BTP, puis se fait rembourser son prêt par les États débiteurs, donne par ailleurs du travail à ses ressortissants et s'assure un approvisionnement en pétrole ! Ainsi, cet appui financier chinois développe in fine ses entreprises internationales !

=> Mais par ce biais, l'arme de Pékin ne se résume plus uniquement à de l'investissement financier, l
a Chine met en valeur sa compétence indéniable en matière de génie civil !

Enfin, cette liste des principales sphères d'investissements ne serait exhaustive si l'on n'incluait l'activité forestière : 60% du bois africain sont destinés à être exportés vers la Chine.


2-
Les ventes d'armes

Ces ventes sont assurées notamment par la Norinco (zhongguo beifang gongye gongsi= Chine North Industry Corporation, un important conglomérat composé de 157 unités) et Polytech Industries (la plus importante entreprise de ventes d'armes de l'armée chinoise).

Ces ventes sont notamment destinées aux États africains en proie à la guerre civile, où leur situation les conduit bien évidemment à considérer avec intérêt les offres de Pékin.

La Chine n'a pas hésité à livrer des avions (dérivés des Mig-21 soviétiques) en 1996 et des avions de transport Y-8 (dérivés des Antonov). Par ailleurs, Pékin a livré à l'Angola des blindés légers et de l'équipement militaire dans le cadre du renforcement de leur coopération dans le domaine militaire.


3-
Un appui diplomatique

Le siège de la République populaire de Chine au Conseil de sécurité lui assure un certain poids diplomatique dont elle n'hésite pas à utiliser afin de protéger les intérêts de pays alliés mais en porte-à-faux sur la scène internationale. Ainsi la Chine a menacé à deux reprises d'user de son droit de veto (juillet et septembre 2004) pour s'opposer à l'adoption de sanctions politiques et pétrolières contre le Soudan en réaction au génocide du Darfour.

Par ailleurs, elle s'est abstenue lors de la saisie de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité de l'ONU en avril 2005 afin de traduire en justice les responsables des crimes commis au Darfour.

Cet enjeu de protection sort même du cadre du Conseil de sécurité et s'étend à l'ensemble des organisations internationales : en 2004, Chinois et Zimbabwéens s'étaient coordonnés pour éviter que leur situation interne ne soit dénoncée au sein de la Commission des Nations Unies pour les Droits de l'Homme à Genève.


4-
Les réalisations de prestige

La Chine via l'Eximbank finance des réalisations de prestige : immenses stades comme au Mozambique, en Centrafrique, au Mali, en Tanzanie ou au Congo-Kinshasa, centres de conférences de prestige dans l'État du Djibouti, au Gabon. Ces financements ont pour but de renforcer les bonnes relations avec les régimes en place.

Au vu de ce large éventail d'armes stratégiques, il est indéniable que la Chine veut, à tout prix, donner une image d'interlocuteur doué de bonnes intentions à l'égard des pays africains. Par ses moyens déjà considérables, elle offre la possibilité à ces États critiqués ou délaissés de la scène internationale, des appuis politiques, diplomatiques et militaires. De plus, la Chine met en avant son respect du droit de non-ingérence, en ne tenant pas de grand discours moralisateur sur les Droits de l'Homme, ni n'exigeant de réformes politique et démocratique ou de compte rendu comme le ferait le FMI. Son exigence prioritaire vise à l'engagement de l'État débiteur à ne plus reconnaître Taïwan comme un État mais une "simple" province chinoise.

Une autre exigence chinoise et non des moindres consiste à se voir octroyer, en échange de la construction d'équipements, d'importantes zones de pêches, rendant la relation sino-africaine bien plus contraignante qu'il n'y paraît de prime abord.

Cette politique s'est avérée efficace puisqu'en 1998, l'Afrique du sud a rompu ses relations diplomatiques avec Taiwan au profit de la Chine populaire et en 2005, le Sénégal a suivi la même démarche. Les États africains restant fidèles à Taiwan voient leur poids économique et leur influence s'amoindrir dans leurs rapports avec Pékin, ce dernier comptant sur les effets néfastes de cette marginalisation pour les déstabiliser et les amener à revoir leur position...car les arguments favorables à Pékin ne sauraient être négligés : En sus de l'immense marché qu'offre la Chine, le contexte international (disparition de la bipolarité, affirmation d'une seule superpuissance) les incite à considérer la Chine comme un nouveau protecteur potentiel et peu exigeant.

Loin d'être rebutée par la situation économiquement peu favorable de ces zones déstabilisées par les conflits internes, ou victimes d'une mauvaise image internationale, la Chine n'hésite pas à investir massivement sans chercher le profit immédiat que ces régions encore largement sous-développées ne pourraient satisfaire. Si ce retour sur investissements à long terme a été jugé non rentable par les entreprises occidentales, laissant la place libre pour l'implantation des firmes multinationales chinoises, ces dernières (et derrière elles, le grand patron, Pékin) démontrent qu'elles raisonnent en termes de politiques à longue échéance...


III -Une présence chinoise déjà confirmée sur le continent africain

La visite du Président Hu Jintao en 2004 en Égypte, au Gabon et en Algérie augure de l'importance croissante que la Chine accordera à l'Afrique. Néanmoins, les efforts de Pékin entrepris depuis le milieu des années 90 ont connu un relatif succès et la Chine peut déjà se targuer d'être :

-le 2ième client du Gabon
-le 2ième fournisseur du Bénin
-le 6ième fournisseur de l'Algérie


Ses principaux clients africains sont répartis sur l'ensemble du territoire africain...:

-l'Afrique du sud (sa part représente près de 20% du commerce total avec l'Afrique)
-le Nigeria
-l'Égypte
-le Maroc
-l'Algérie
-le Bénin

... avec une présence qui se renforce à l'est :

-le Soudan
-le Kenya
-la Tanzanie


1-Un accroissement de l'activité chinoise dans de nombreux pays...

-pour l'exploitation et la construction

 

 

    • Zambie (pour le cuivre, le cobalt)

       

    • République démocratique du Congo (cuivre, cobalt, réfections de routes)

       

    • Éthiopie (travaux publics)

       

    • Mozambique (charbon, construction d'infrastructures pétrolières)

       

    • Zimbabwe (charbon, ferrochrome, construction d'infrastructures routières)

       

    • Guinée (bauxite (qui entre dans la composition de l'aluminium))

       

    • Gabon (construction d'infrastructures ferroviaires et routières pour l'exploitation du bois, du manganèse et du niobium)

       

    • Centrafrique (projet dans l'uranium)

       


-pour la prospection

On assiste à une diversification des zones de prospection et notamment dans le domaine pétrolier

 

 

    • Côte d'Ivoire (zone instable au vu des Occidentaux)

       

    • Mali (pas assez rentable pour les compagnies occidentales)

       

    • Niger (pas assez rentable pour les compagnies occidentales)

       

    • Centrafrique (pas assez rentable pour les compagnies occidentales)

       

    • Congo-Brazzaville (accord en mars 2005 avec la Sinopec pour l'exploitation de deux blocs off-shore)

       


2-... et une volonté affichée d'ancrer cette présence

-Via la présence démographique : si la diaspora chinoise, il y a encore quelques années, était encore relativement faible et majoritairement concentrée en Afrique du Sud et à Madagascar, on dénombre aujourd'hui plus de 130 000 Chinois et ce chiffre pourrait doubler dans cinq ans. Actuellement, les communautés chinoises les plus importantes sont implantées en Afrique francophone et orientale (Kenya, Tanzanie).

Cette implantation est notamment favorisée par "l'importation de main d'oeuvre" par les firmes multinationales chinoises.

Une des conséquences de cette migration croissante est l'apparition de ressortissants chinois dans le petit commerce (particulièrement en Afrique occidentale).

Une autre conséquence plus inattendue de cette présence chinoise réside dans l'ascension sociale de ces Chinois métisses et de ses répercussions sur les relations entre l'État africain concerné et la Chine. L'exemple le plus probant est celui de Jean Ping, ministre gabonais des Affaires étrangères. Parlant couramment le putonghua, entretenant d'excellentes relations avec Hu Jintao, M. Ping a été l'un des principaux artisans de la fulgurante percée chinoise à laquelle on assiste depuis un an au Gabon.

-Créations d'institutions : la Chine a activement oeuvré à la création du Forum de Coopération Chine-Afrique (China Africa Cooperation Forum = CACF) dont la première réunion a eu lieu en 2000, à raison d'une réunion tous les trois ans. C'est notamment à l'occasion de ce forum qu'est abordée la question de l'abaissement des droits de douane. Il est important de noter qu'à ce forum participent conjointement la quasi totalité des chefs d'États africains, et auquel sont également conviés des dirigeants d'entreprises. À ce groupe de travail s'ajoute la création d'une chambre de commerce sino-africaine, qui compte aujourd'hui un bureau à Pékin et cinq en Afrique.

-
Une présence militaire sous mandat de l'ONU

L'armée populaire de Libération est présente en Afrique sous mandats de l'ONU. Sa participation a été sollicitée à plusieurs reprises :

-598 soldats ont été envoyés au Libéria
-déploiement de forces au Sahara occidental dans le cadre de l'opération MINURSO comme au Sierra Leone, mais avec une ampleur plus limitée.


IV-La présence chinoise en Afrique : moteur de croissance ou frein au développement ?

Le premier constat pourrait inciter à adopter une vision optimiste quant aux effets positifs de l'intervention chinoise en Afrique. La croissance économique de la Chine s'est traduite notamment par une hausse de la demande de matières premières et donc de leur prix de vente. Entre 1992 et 2002, la demande chinoise d'acier a augmenté de 20% alors que la hausse mondiale n'était que de 4%. Des minerais comme le nickel et le cuivre ont vu leur cours augmenter depuis 2001.

Mais si certains États d'Afrique ont vu leur économie se développer (+6,8% en Algérie, +10% au Nigeria en 2003), cette tendance est due à une conjonction de facteurs et non à la seule croissance chinoise. En 2003, avec une croissance de 7,8%, le PIB de la Chine représentait 96 milliards de dollars, alors qu'aux États-Unis la même année, pour une croissance réelle de 3,1%, le PIB était trois fois plus important (323 milliards de dollars) !

De plus, la gourmandise chinoise ne se limite pas aux seules matières premières, elle vise aussi les produits agricoles et cette nouvelle donne est une des causes de l'augmentation des prix de ces produits. Or l'Afrique importe du maïs, du blé, du riz, etc... Et ces changements ne font que fragiliser la balance commerciale africaine. On peut penser qu'en raison des problèmes que la Chine rencontre pour accroître ses rendements agricoles (pénurie d'eau, SAU limitée, changements de comportements alimentaires du fait de la hausse du niveau de vie), les importations chinoises ne vont pas diminuer dans un proche avenir.

Dans le domaine des investissements, les afflux financiers chinois, massivement concentrés dans l'exploitation de l'énergie et des matières premières, ne font que renforcer l'économie de rente sur laquelle vivent les dirigeants africains. Cette économie se base sur des capitaux et des débouchés étrangers, au final, l'Afrique subit plus qu'elle ne tire profit de ce système. La Chine crédite ainsi une gouvernance qui cherche son seul profit et favorise ainsi le maintien d'un fonctionnement économique défavorable à la croissance africaine.

Autre problème, si la Chine a effectué quelques investissements dans le secteur textile, elle décide aujourd'hui de rapatrier sa chaîne de production sur son territoire, privant le pays africain d'une diversité d'industries et hypothéquant ainsi un possible essor de la croissance.

La Chine est également accusée de pratiquer le dumping sur ses produits vendus en Afrique, attitude condamnée par les entreprises locales qui ne peuvent rester compétitives. Autre sujet de mécontentement, les industries locales mais aussi européennes, se plaignent des pratiques de contrefaçons auxquelles ont recours des entreprises chinoises.

=>Cette concurrence acharnée et déloyale (dumping et contrefaçon) fragilise un tissu industriel africain encore balbutiant.

Mais certains dirigeants s'efforcent d'étouffer ces condamnations afin de maintenir des relations privilégiées avec un partenaire aussi peu regardant sur leur politique intérieure et permettant de contourner les circuits commerciaux traditionnels contrôlés par les Occidentaux.

Par ailleurs, la nature des échanges constitue en elle-même un frein à la croissance africaine : la Chine vend à l'Afrique des produits manufacturés alors que cette dernière ne lui exporte que des matières premières brutes et de l'énergie.

Une donne pourrait contrebalancer cette tendance : la montée en puissance de l'Inde. Ne disposant pas de ressources financières comparables à celles de la Chine, l'Inde ne peut attirer par le biais de prêts alléchants. Cependant, elle compense en proposant une coopération plus équitable : en échange d'approvisionnements en énergie et matières premières, l'Inde propose à ses fournisseurs une coopération technique (avec des transferts de technologies, de la vente de médicaments, etc.). Aussi, à terme, cette concurrence entre les deux grands asiatiques pourrait être favorable au développement du continent africain.


V-Les rivalités sino-américaines en Afrique

La présence américaine en Afrique, même si elle reste marginale, est néanmoins indéniable, et ses motivations sont similaires à celles de Pékin : la mise en valeur des gisements pétroliers du continent africain.

Cependant, l'arrivée de la Chine pose inévitablement la question de "l'empiètement de territoire".

La Guinée équatoriale est longtemps restée un bastion des États-Unis, lesquels ont investi dans l'exploitation des gisements pétroliers (via les compagnies Exxon Mobile, Chevron Texaco et Triton Energy), faisant de sa production pétrolière la troisième d'Afrique sub-saharienne avec 17,4 millions de tonnes par an.

Alors que les États-Unis représentent le 1er partenaire commercial de la Guinée équatoriale, la Chine vient désormais se placer en 3ième position, elle est le 3ième client de la Guinée équatoriale pour le commerce du bois et apporte des soutiens techniques et financiers (Pékin multiplie les investissements, notamment pour la construction de routes...).

Même scénario en Angola où les États-Unis sont présents depuis plus de 20 ans. S'ils achètent 50% de son pétrole, la Chine est entrée sur le marché angolais et s'approprie déjà 1/3 de la production pétrolière angolaise. Pékin veut renforcer sa présence par le biais de l'approfondissement des relations sino-angolaises, politique qui a déjà porté ses fruits puisque la Sinopec est en train de récupérer les droits d'exploitations de blocs autrefois accordés aux compagnies occidentales (comme Total par exemple avec la redistribution du bloc 3/80 à la Sinopec). On constate même que la Chine n'hésite pas à mettre en jeu de fortes sommes, tel le prêt de 2 milliards de dollars accordés à l'Angola pour la reconstruction de ses infrastructures.

Il est intéressant de noter que l'Angola rembourse son créancier en exportant du pétrole !

Autre facteur à prendre en compte, l'arrivée de coopérants chinois (spécialistes, techniciens, etc.) qui alimente la croissance de la diaspora chinoise en Angola et devrait faire de cette communauté chinoise une des plus importantes d'Afrique.


Conclusion

- Intérêts chinois croissants en Afrique qui se manifestent par : une présence démographique accrue, des créations de forums, de chambres de commerce, une multiplication des partenariats commerciaux, des constructions d'infrastructures, des investissements et des prêts afin de renforcer la "dépendance" des États africains vis-à-vis de Pékin.

- Soutien diplomatique, logistique (armes), économique et financier de la Chine qui permet aux États africains marginalisés de passer au travers des pressions ou sanctions internationales exercées à l'encontre de leurs dirigeants autoritaires, Pékin permet donc à ces régimes clientélistes, véritables gouffres économiques, de se maintenir et d'empêcher tout développement économique basé sur une économie saine (c'est-à-dire non rentière).

- La Chine fausse le jeu de la communauté internationale sur le plan diplomatique ainsi que celui de l'approvisionnement pétrolier en tissant des relations bilatérales avec les pays producteurs de pétrole, contournant ainsi en partie le marché spot.

- La Chine mène une vigoureuse politique d'ancrage en Afrique non seulement afin de se garantir des approvisionnements en matières premières et en pétrole, mais aussi pour exploiter les autres richesses de l'Afrique (richesses forestières, halieutiques, etc.)... ainsi que pour développer ses compétences en matière d'exportation de produits avec une valeur ajoutée de plus en plus forte.

- Pékin vise à affaiblir et "contenir" Taiwan en "persuadant" les anciens pays amis de leur intérêt à se rallier à sa cause...

On peut alors se poser deux types de questions : quels bénéfices l'Afrique peut-elle espérer tirer d'une collaboration aux apparences avantageuses mais en réalité très inégale ? Quelle marge de manoeuvre peut bénéficier l'Inde qui propose un échange plus équitable pour s'insérer dans le marché africain ? Quelles en seront les conséquences ? De la part des dirigeants africains ? De la communauté internationale ? Comment vont évoluer les relations sino-américaines, (voire franco-chinoises) au fur et à mesure de l'extension de la présence chinoise ? Quelles peuvent être les mesures adoptées par Washington pour contrer le déploiement de Pékin sur des zones considérées comme ses chasses gardées ?


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